L'HISTOIRE DU CONGO A TRAVERS L’ŒIL DES BELGES ! UNE EXPOSITION SUR LA PROPAGANDE COLONIALE ! INSTRUCTIVE !!!

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'HISTOIRE DU CONGO A TRAVERS L’ŒIL DES BELGES ! UNE EXPOSITION SUR LA PROPAGANDE COLONIALE ! INSTRUCTIVE !!!

Message  ndonzwau le 29/9/2014, 11:29 pm

"Elikia M’Bokolo analyse la propagande coloniale belge !
Rencontre avec Elikia M’Bokolo, historien et Commissaire de l’exposition sur la propagande coloniale au Musée Belvue !

° http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2014/09/26/elikia-mbokolo-analyse-la-propagande-coloniale-belge/
Comment l’historien de l’Afrique que vous êtes s’est-il intéressé à la propagande coloniale belge ?
Avec mon ami Jean Pierre Jacquemyn, professeur de littérature et amoureux de la parole congolaise, j’avais commencé à travaillé sur l’image des Belges au Congo et celle des Congolais en Belgique. Voici quinze ans, Jean-Pierre avait fait la première version de « notre Congo/onze Congo » en puisant dans les sources disponibles à l’époque… Dans cette démarche, nous insistions surtout sur la manière dont on avait montré le Congo. Cette fois, nous voulons souligner que la propagande coloniale en Belgique a commencé avec le début de la colonisation et qu’elle s’est prolongée longtemps après la fin de celle-ci…A la source de cette propagande, il n’y a pas seulement le roi Léopold II : ce dernier a réussi à impliquer beaucoup de structures qui n’auraient pas eu besoin d’y participer, en particulier à l’Eglise catholique romaine. Or elle va jouer le jeu, au nom du catholicisme et de la Belgique. S’y ajoutent les grandes entreprises financières et industrielles qui avaient besoin du Congo. Contrairement à d’autres pays, comme l’Angleterre, où les grandes banques se font discrètes, ici, tout le monde veut prendre part à la propagande…Autre caractéristique : la propagande léopoldienne et belge a utilisé tous les supports possibles. Rien ne lui a échappé : lorsqu’un gamin mange une glace, ça lui parle du Congo, la famille qui met un calendrier dans sa cuisine voit une image du Congo…Tous les Belges ont entendu parler du Congo, l’ont vu, l’ont imaginé durant toute la période coloniale. J’appelle cela de la propagande car ce qu’on leur racontait n’était pas vrai. Si on leur avait raconté la vérité, d’accord… Mais en réalité, on leur parlait de l’ « œuvre civilisatrice »…. Dans les années 1880, cela pouvait passer, faute d’autres informations. Mais dans les années 1900, Léo Frobenius a produit des pages remarquables sur les civilisations du Congo écrivant qu’au 15e siècle déjà « ces gens étaient civilisés jusqu’à la moëlle des os »…Or en Belgique on a continué à répéter les poncifs : «ces gens ne sont pas civilisés », « ils ne savent pas exploiter leurs ressources », « il faut les mettre au travail »… Par la suite, on va renforcer cette invention des races. Léopold II n’a rien à voir là dedans : les bastions de cette pensée fondée sur les races, dont le meilleur représentant est Gobineau, c’était l’Angleterre, la France, les Etats Unis. Mais la propagande belge va récupérer cette pensée et la figer, avec d’un côté, les Blancs qui n’ont que des qualités, et de l’autre les Noirs. On va aussi relever qu’il y a des « races » parmi les Noirs. Ce démon va empoisonner notre vie jusqu’aujourd’hui : on nous raconte que certaines races sont plus intelligentes, que d’autres, pour qu’elles travaillent, ont besoin d’être frappées à la chicotte (ndlr. longue lanière de cuir dont on se servait comme d’un fouet…) On oublie ainsi que le cuivre du Katanga était exploité depuis des siècles, que les croisettes de cuivre servaient de monnaie dans toute l’Afrique centrale…
Dans cette perception, les Congolais n’existent pas en tant que tels : ils n’ont d’existence que s’ils font ce qu’on leur demande de faire, sous la contrainte.

Y eut-il des résistances à cet état de fait ?
On a négligé ce fait central : toutes les colonisations ont rencontré des résistances, y compris la colonisation belge… Lorsqu’éclatent les premières guerres, on les met sur le compte des Arabes, du fait qu’il y a des tribus guerrières, « arabisées ». Alors qu’au contraire, ces révoltes éclatent dans tout le Congo, dans les années 10,20,30, partout… On nous montre les missionnaires catholiques, en négligeant de dire que les protestants étaient là bas aussi et qu’ils travaillaient. Simon Kimbangu (ndlr. un prophète congolais qui donna naissance à la religion kimbanguiste) est issu des missions protestantes . Sa pensée était une forme de résistance : s’appuyant sur la Bible, il disait que Dieu avait créé tous les hommes égaux…En Belgique, le roi a su très bien jouer, pour démontrer que, grâce à lui, la Belgique devenait un grand pays qui jouait désormais dans la cour des grands et tous les actes de résistance ont été occultés.
Face à une telle propagande, une question se pose, où était la gauche belge ?
Dans une démocratie parlementaire, cela pose question. Certes, il y a eu des missionnaires, pour rompre le silence, mais moins qu’ailleurs. Pourquoi les Belges qui vivaient au Congo et qui voyaient des choses se sont ils tus ?
Cependant, vers la fin des années 20, on constate que des Pères de Scheut, qui vivaient au Congo, dans l’Equateur et dans la région du lac Léopold II commencent à recueillir les témoignages des gens qui décrivent la période léopoldienne. Le père Hulstaert va écrire des pages terribles qui racontent cette période là, vingt ans après. Mais avec des effets pervers, car il va suggérer aux Congolais de se coaliser, de se réunir pour survivre. Là où les gens vivaient épars dans leurs villages il va réussir à coaliser un peuple sous le nom de Anamongo.
Les Belges qui vivaient au Congo n’ignoraient pas ce qui se passait. Lorsque, tout jeune, j’étais invité chez mes condisciples de l’athénée royal de Kalina (eux ne pouvaient pas venir chez nous, dans les familles congolaises) il arrivait qu’ à table, certains parents de mes condisciples disent qu’ils savaient bien ce qui se passait dans le pays, que ce n’était pas toujours bien. Dans les courriers privés des familles, il y a peut –être des témoignages ? Qui sait ? Si oui, il faudrait que ces documents soient déposés aux archives. Si les missionnaires suédois ont écrit à leurs familles, on peut penser que des Belges l’ont fait aussi.

La propagande coloniale qui a marqué les esprits hier influence-t-elle aujourd’hui encore la perception que les Belges ont du Congo ?
Sans aucun doute. Au début des années 60, une sorte de « rideau de silence » est tombé sur tout ce qui concernait le Congo. On ne parle plus de rien sauf pour dire « c’est le désordre ». Du reste, au début des années 70, beaucoup de familles belges se débarrassaient du Congo, au sens propre. Elles revendaient des tabourets, des figurines…Alors que j’étais étudiant à Paris, on faisait des razzias sur Bruxelles pour en ramener ces objets. Par exemple, la bibliothèque de l’Université de Wisconsin, à Madison, s’est constituée en grande partie au départ de ces livres que l’on jetait. Les trois gros volumes publiés sur le Congo en 1956 se trouvaient pour quelques sous sur les brocantes. Il y a eu un temps où les Belges ont vomi le Congo, considérant que « puisque les Congolais sont ingrats, alors que nous on voulait les civiliser, qu’ils se débrouillent ».
Il faut dire aussi que Mobutu est un produit de la propagande coloniale belge….Regardez les premières photos, au début de son règne : Mobutu est un sosie de Baudouin, qu’il imite… A l’époque, pour tous ces gens, la mode au Congo était de s’habiller comme Baudouin, avec les lunettes, la raie…La pensée commune c’était que « sans les Blancs on n’est rien »…On a vu cela dans toutes les anciennes colonies mais en Belgique, c’était plus poussé qu’ailleurs.
En Belgique, on parle souvent des « Noirs », au lieu de dire les Rwandais, les Congolais. On se réfère aussi aux ethnies, en recourant aux clichés en disant, par exemple : « les Balubas sont intelligents , les Bangala sont violents et brutaux, les Swahilis roublards et menteurs, les Bakongo sont obéissants mais portés à se révolter. » Tout cela persiste jusqu’aujourd’hui comme si beaucoup de Belges n’avaient toujours rien compris à ce qui s’est passé au Congo…
Que pensez vous de cette « expertise » belge si souvent mise en avant à propos du Congo ?
Cette expertise est censée découler de l’accumulation des connaissances durant la période coloniale, parmi lesquelles beaucoup de préjugés. Ce qui est grave, c’est qu’au Congo même la propagande coloniale a produit des effets, elle a marqué les esprits. Les Congolais eux-mêmes parlent de « Blancs « et « Noirs ». Un proverbe existe dans toutes les langues du Congo : « on a beau dire, un Blanc restera un Blanc, un Noir restera un Noir… »Lorsqu’un chauffard brûle un feu rouge c’est ce qu’on lui dit, et aussi lorsqu’un politicien vole de l’argent. Jusqu’aujourd’hui, nous sommes dépréciés.
En outre, s’il faut choisir entre deux expertises, congolaise et belge, c’est la belge qui l’emportera, payée en milliers de dollars ou d’euros au contraire du Congolais, payé en centaines…De même, on choisira plutôt un médecin congolais travaillant en Afrique du Sud –et formé par les Blancs-que son collègue resté au Congo.
Voyez la querelle qui persiste au Congo, sur les « originaires ». Beaucoup pensent que l’on pourrait réaménager la Constitution par rapport aux « originaires » : les citoyens d’un territoire seraient les habitants légitimes de ce territoire, à l’exclusion des autres. Mais cela, c’est la classification coloniale ! Or si vous lisez l’histoire du Congo, vous voyez que tous les royaumes ont toujours été fondés par des étrangers, des gens venus d’ailleurs. Une telle ethnicisation de la politique congolaise est dramatique. Aujourd’hui les Congolais, surtout Kinshasa parlent d’une « invasion » des swahilis…Or le swahili c’est une langue, et non un peuple…
Dans l’exposition, nous avons des images montrant la propagande coloniale sur les « Arabisés », qui étaient le premier nom donné aux Swahilis. Or ces gens étaient des habitants du Congo qui parlaient le swahili, certains étaient devenus musulmans et commerçaient avec Zanzibar… Le Congo porte encore des traces de cela.

L’exposition sera-t-elle présentée au Congo ?
Nous l’espérons. Il s’agira de montrer aux Congolais que la colonisation, ce fut autre chose que les mensonges racontés aux Congolais et aussi aux Belges.
La capacité des Congolais à s’autodénigrer est un reflet du regard que les Belges portaient sur eux. Pour beaucoup de Congolais, arriver en Europe c’était arriver au paradis…. L’exposition tente de démonter les mécanismes de propagande, elle tente de déconditionner tout le monde, d’aller à l’histoire, à la vérité. C’est sur cette base là qu’il faut tenter de faire des choses ensemble. Je pense qu’on peut faire des choses avec les Chinois, les Turcs, les Coréens, mais aussi avec les Belges…Il faut se déconditionner pour pouvoir repartir…Je ne crois pas qu’il y ait une haine des Congolais envers les Belges, à l’inverse du Kenya par exemple. Cette histoire d’ « oncle » et de « neveu » qui circule entre Belges et Congolais est elle aussi absurde, car dans notre histoire, c’est toujours par l’ « oncle » que vient le malheur, la relation est malsaine…
Parmi les jeunes générations, il y a-t-il une sorte de « décontamination » ?
Je ne crois pas car s’il n’y a plus de propagande, il n’y a pas de cours d’histoire non plus. On ne sait pas ce qui se dit dans les familles. Dans l’histoire orale congolaise il se dit beaucoup de choses. Sur le plan géographique, sur celui des identités collectives…Les Batetela par exemple disent que eux, ils ont résisté. Et il est vrai qu’ils ont été les empêcheurs de coloniser tranquillement. Les Bakongos aussi disent qu’ils ont toujours résisté, que leur royaume existait avant la Belgique elle-même.
Par contre, au Katanga ou au Kasaï, l’idéal pour une famille c’est que leur fille épouse un « muzungu », un Blanc. Là vous êtes considéré comme sauvé…

Les guerres qui se sont déroulées à l’Est du Congo ont-elles provoqué une résistance, une maturation ?
Il y a toujours eu des résistances à l’Est. Dans ces provinces, les forces armées congolaises n’ont pas vraiment combattu, ce que l’on a vu émerger, c’est la résistance populaire. Déjà pendant la colonisation, cette résistance a été combattue de manière systématique. Dans les archives coloniales, dès les années 20, on voit apparaître le mot « déportation »…La résistance est l’une des caractéristiques des populations congolaises et nous l’avons introduite dans le commentaire de l’exposition
Pourquoi les historiens, Belges mais surtout Congolais, ne se sont ils jamais focalisés sur ces résistances ?
Nos historiens, jusqu’à l’âge de 40 ans à peu près, ont été formés à l’ancienne, suivant l’école historique belge qui ne considérait comme valables que les documents écrits. Or les seuls documents écrits étaient les documents coloniaux, qui parlaient de l’économie, de la géographie, mais pas de la résistance…On ne voyait, on n’entendait pas la population. Des mots ont été détournés de leur sens: aujourd’hui le terme « Salongo » désigne le travail obligatoire du samedi. Or le chant «Salongo » est important au Congo. C’est le chant des travailleurs du chemin de fer, des entreprises forestières, du travail forcé ; ils chantaient « Salongo » et il s’agissait là d’un chant de dénonciation du travail forcé, qu’ils comparaient à l’esclavage en disant que cela doit se terminer…
Tant qu’on ne prend pas en compte ce que les gens disent, l’histoire que l’on écrit, c’est celle des appareils d’Etat. Or la plupart des discours tournent autour de la gouvernance, de l‘économie. Et aujourd’hui, si le Congo survit, c’est parce que les populations refusent de mourir. Quand il n’y a pas d’Etat, ils organisent des contre Etats. Quand il n’y a pas d’armée, ils s’organisent pour résister autrement. L’espoir du Congo, c’est la continuité de cette résistance.
Les meilleurs de la classe politique congolaise, ce sont des « premiers de classe ». Des diplômés de l’université, qui croient qu’un 19 sur 20 en droit constitutionnel ou en économie politique lui donne la capacité de gérer un Etat. Ils ne savent pas qu’un Etat, ce n’est pas seulement la compétence mais aussi l’obligation de rendre compte de ce que l’on fait et de s’appuyer sur le peuple. Lorsque Kinshasa a été envahie par les troupes rwandaises, ce sont les gens du quartier populaire de Masina qui ont défendu la ville. Même le ministre de la Défense avait fui…
Ce sont ces mêmes gens, qui, le 4 janvier 1959, ont dit «basta » la colonisation, on n’en veut plus. J’étais gamin à l’époque mais du jour au lendemain la colonisation s’est effondrée : les gens voulaient voir le fleuve, dépassaient la barrière du chemin de fer, ils n’obéissaient plus. L’Etat congolais n’a pas la mémoire de son passé. Le pouvoir post colonial joue avec le feu. Quand on vit à Kinshasa, qu’on voit au rond point Victoire passer les 4×4 des tenants du pouvoir, face aux rangées de gens qui font la file pour attendre l’autobus, on se demande quand l’explosion va avoir lieu, quand quelqu’un va lancer la première pierre…
Ce carapaçonnage derrière une soi disant compétence et la reconnaissance de Washington ou d’autres, ça va éclater à la figure des gens. On joue avec le feu…Et en particulier les juristes du pouvoir qui veulent changer la Constitution…."




"Notre Congo. La propagande coloniale belge dévoilée
° http://www.belvue.be/fr/museum/expositions-temporaires/notre-congo-propagande-coloniale-belge-devoilee
L’exposition « Notre Congo/Onze Kongo », la propagande coloniale belge dévoilée présente une série de documents iconographiques et audio-visuels datant de la période coloniale belgo-congolaise. A travers l’image et le son, Coopération Education Culture propose de comprendre comment les différents canaux de propagande ont autrefois fonctionné pour justifier l’entreprise coloniale. La redondance et la répétition monotone des slogans sont à la source d’un inconscient collectif lié à la colonisation. Cette exposition questionne aussi la persistance des stéréotypes tant du côté du public belge que congolais.

La propagande coloniale a infusé les esprits de générations entières en Belgique et au Congo. Elle a été pour beaucoup et pendant trop longtemps la seule perception et représentation de ce que pouvait être le Congo et plus largement l’Afrique, à défaut de mieux. La simplification de la réalité a forgé de nombreux esprits.
L’exposition « Notre Congo/Onze Kongo » tente donc de décrypter ces dogmes longtemps indiscutables. Avec une ultime question, au-delà de l’étonnement, de l’indignation voire de l’amusement : comment déjouer les pièges de tous les miroirs truqués, séducteurs ou déformants ?

Du 4 octobre au 30 novembre 2014
Entrée gratuite
Animation pour les écoles sur demande - plus d'informations
De nombreuses activités gratuites sont organisées autour de l'exposition: visites guidées, session d'écoute d'archives sonores, ateliers pour enfants, rencontres littéraires, débats, projections de films. Voir ici le programme complet.

Production : CEC ONG

Avec le soutien de : La Coopération belge au Développement, Ville de Bruxelles, Wallonie-Bruxelles International (Délégation RDC), Fédération Wallonie-Bruxelles, The Greens / EFA in the European Parliament, Musée royal de l’Afrique centrale, VIDEP, Théâtre Varia, Sonuma et La Chancellerie du Premier Ministre."

Vieux Espérance n'est jamais meilleur que dans son rôle d'intellectuel universitaire; il a mieux fait de s'éloigner de ses dernières saillies politiciennes !
Lisez, svp, ses explicitations, elles sont très instructives sur notre histoire et combien utiles pour notre présent et notre avenir !



Compatriotiquement!

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'HISTOIRE DU CONGO A TRAVERS L’ŒIL DES BELGES ! UNE EXPOSITION SUR LA PROPAGANDE COLONIALE ! INSTRUCTIVE !!!

Message  ndonzwau le 4/10/2014, 3:56 pm

"03/10/14 L'Echo-"La Belgique ne doit pas s'excuser auprès du Congo"
À partir de ce vendredi s'ouvre au Musée BELvue, à Bruxelles, l'exposition "Notre Congo", qui dévoile la propagande belge, dont l'objectif était de justifier l'entreprise colonisatrice.

° http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=2&newsid=199693&Actualiteit=selected
À travers l'image et le son, le visiteur découvre comment la propagande coloniale a infusé les esprits de générations entières en Belgique et au Congo. Répétition de slogans et simplification de la réalité sont à la source d'un inconscient collectif lié à la colonisation qui se perpétue jusqu'aujourd'hui. Nous avons rencontré l'historien congolais Elikia M'Bokolo, une sommité internationale en matière d'histoire africaine. Il milite pour "une histoire écrite par et pour les Congolais".

En quoi l'histoire écrite par et pour les Congolais est-elle différente de celle qu'on enseigne à Bruxelles?

Il faut distinguer plusieurs périodes. Dans les années qui ont suivi l'indépendance, l'histoire du Congo se résumait à l'histoire coloniale, comme elle était enseignée en Belgique. On insistait sur l'oeuvre civilisatrice, on y parlait de la lutte contre les maladies, de la fin des guerres tribales - même s'il n'y en a jamais eu beaucoup - ou encore de la lutte contre l'esclavage organisé depuis Zanzibar. Certains thèmes étaient interdits, comme la résistance des Congolais à l'oeuvre colonisatrice, les violences coloniales ou encore le rôle jouée par la Force publique durant les deux guerres mondiales. Lors de l'ère Mobutu, les choses sont devenues plus difficiles encore. On parlait de la période précoloniale, mais de la manière dont le régime voulait qu'on en parle, c'est-à-dire pour justifier le pouvoir absolu du chef et son droit de préemption sur les richesses du pays. Aujourd'hui, beaucoup d'historiens congolais sont encore dans une vision coloniale. Ils évoquent toujours les tribus qui vivaient au Congo lors de l'arrivée des Belges, plutôt que de parler de peuples... Le Congo est avant tout une création coloniale. En 1850, les régions de l'Est étaient en voie d'être mises sous la tutelle de Zanzibar. Quant aux régions du Nord, elles auraient très bien pu être rattachées au Soudan.
Y a-t-il eu, comme on l'affirme en Belgique, une propagande anglo-saxonne contre le projet belge au Congo?
Au départ, l'initiative de Léopold II était plutôt bien perçue en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, car elle répondait au fameux "paradigme des trois C", à savoir civiliser l'Afrique par le christianisme et le commerce. Des membres de la communauté noire américaine ont même voulu participer à cette entreprise. Toutefois, ceux qui se sont rendus au Congo sont revenus choqués par ce qu'ils ont vu: exploitation de la population locale, violence, non-respect des engagements pris par les agents de Léopold II, etc. Le premier à avoir critiqué Léopold II est un noir américain, George Washington Williams, qui a par la suite écrit une histoire des noirs américains. Il a demandé à Léopold II d'arrêter le massacre. D'autres, ensuite, l'ont suivi.

Que pensez-vous de l'oeuvre de Jean Stengers, qui s'est fort intéressé au Congo?
C'est un vrai historien, mais à l'ancienne: il travaillait uniquement avec des sources écrites. C'étaient les archives de l'administration coloniale et de la royauté, c'est-à-dire des vainqueurs. C'est comme si on ramenait l'histoire de la Gaule à celle racontée par Jules César... J'ai rencontré Jean Stengers en 1977 et nous avons eu un échange très vif. Il m'a confié qu'il ne comprenait pas pourquoi les Congolais avaient demandé l'indépendance, alors qu'ils sortaient d'une expérience positive avec la Belgique. Je lui ai raconté mon enfance à Kinshasa et les histoires que les Congolais racontaient sur les Belges. Ces sources-là sont tout aussi importantes pour comprendre l'histoire du Congo.
La Belgique devrait-elle s'excuser pour les excès du colonialisme?
Non. On ne peut pas défaire ce qui a été fait. C'est de l'histoire. De leur côté, les Congolais auraient également des excuses à faire à bon nombre de gens... Par contre, il subsiste depuis les années 60 un silence inexplicable dans les relations entre la Belgique et le Congo. Le cas de la France par rapport à ses anciennes colonies africaines est fort différent. Chaque intervention militaire française dans la région est l'occasion de ranimer le débat. Rien de tout cela, par contre, en Belgique.

Les grandes sociétés minières belges qui ont pillé le Congo devraient-elles verser des indemnités, à l'image des montants versés par certaines compagnies allemandes aux victimes de la seconde guerre mondiale?
Non. Dans l'état de prédation dans lequel se trouve le Congo aujourd'hui, toute indemnisation reviendrait à poursuivre la prédation précédente. Nous avons eu le précédent fâcheux des indemnités de guerre destinées aux anciens combattants de la Force publique. Mon père s'est battu en 40-45 mais il n'a jamais touché d'indemnités. Celles-ci ont atterri directement dans la poche de Mobutu. On pourrait en revanche envisager que la Belgique participe à une mobilisation européenne en faveur du Congo.
La colonisation ne sert-elle pas parfois d'alibi pour excuser les échecs du Congo post-colonial?
À nouveau, il faut distinguer plusieurs périodes. Au moment de l'indépendance, Lumumba a proposé de faire "plus et mieux" que ce que les Belges avaient fait au Congo. Durant la deuxième république, on a vilipendé le colonialisme, jugé responsable des malheurs du Congo. Mais ce serait oublier que Mobutu fut un aussi gros prédateur que Léopold II. C'est à se demander s'il n'a pas été à l'école de Léopold II. Aujourd'hui, les dirigeants congolais sont jeunes et, tragiquement, ils ignorent pratiquement tout de l'ère coloniale. Beaucoup considèrent Stanley comme un brave type. Cette ignorance est très problématique. Car ils s'imaginent qu'avec les Chinois, les Indiens ou les Libanais, ils pourront faire plus et mieux. Ce qui est une grosse illusion.

L'exposition "Notre Congo/Onze Kongo" se tient du 3 octobre au 30 novembre au Musée BELvue à Bruxelles. Entrée gratuite. Réservation obligatoire pour les groupes: www.belvue.be

Elikia M'Bokolo, historien congolais"




"La propagande coloniale pèse toujours
° http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20141002_00537786


«Le Congo doit toujours activer un débat public sur son histoire », professe Eliaka M’Bokolo.

La Belgique et le Congo sont toujours liés par une relation particulière. Mais elle est encore conditionnée, dit Elikia M’Bokolo.
L’exposition qui s’ouvre ce vendredi 3 octobre au musée BELvue, à Bruxelles a des allures de reprise: la propagande coloniale belge y avait déjà été présentée, il y a quatorze ans. Son propos, aujourd’hui, est élargi (cf. ci-dessous), mais plus d’un demi-siècle après l’indépendance de la République Démocratique du Congo, peut-on encore parler d’une influence de la propagande coloniale?
«Les images de l’Afrique, ou du Congo aujourd’hui, contiennent toujours des clichés du passé: quand on évoque les guerres, la faim, ou la pauvreté, pour solliciter la solidarité des Belges, on joue exactement sur les mêmes ressorts », explique Elikia M’Bokolo, professeur d’histoire à Paris et Kinshasa, et président de la commission de rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique auprès de l’Unesco.

N’aurions-nous donc rien appris en un demi-siècle?
Dans l’enseignement, en Belgique, la part de l’Histoire est de plus en plus minorée, et sur la décolonisation, en dernière classe du secondaire, il y a une seule leçon, pour laquelle le professeur peut choisir son sujet: il peut parler de l’Indochine, du Mexique et pas du Congo. Au Congo même, le travail de «nettoyage » n’a pas vraiment été fait. Et dans le langage, les adages, le discours et l’imagerie coloniale se maintiennent…
De quelle manière?
Dans l’élite congolaise, il reste comme un complexe par rapport à l’homme blanc. Par exemple, si je vais à la banque, retirer de l’argent, et qu’un Blanc entre, on demande à le servir d’abord. Un prêtre blanc sera plus volontiers cru qu’un prêtre africain. Quand les médias, belges ou français, décrivent les conflits qui déchirent le Congo, ils parlent toujours de luttes ethniques ou tribales, au-delà des enjeux liés aux richesses du sous-sol par exemple…
Comment faire pour sortir de ces clichés? Présenter cette exposition au Congo, après Bruxelles?
Il est absolument nécessaire de la présenter au Congo. Parce que le Congo doit toujours activer un débat public sur son histoire. Cela nous manque, et au fond, on se demande ce que l’on fait ensemble. Ce qui lie, par exemple, les gens de Kinshasa et ceux de Bukavu, malgré leurs différences.
Mais ce faisant, ne consacre-t-on pas les frontières tracées par la colonisation?
C’est parce qu’en Afrique, on aborde la question des frontières avec beaucoup de rigidité. Moi, je plaide qu’en raison de sa position entre l’Atlantique[ et l’océan Indien, le Congo doit avoir le courage de dire ce qu’il veut faire avec ses voisins. En se souvenant notamment que, pendant plus de trente ans, il a partagé le destin du Rwanda et du Burundi.
Vous savez, quand j’étais enfant, nous allions voir les danseurs traditionnels. Et nous avons toujours pensé que les Burundais et les Rwandais étaient les meilleurs…"

"Un inconscient collectif
° http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20141002_00537785
«La redondance et la répétition monotone des slogans (de la propagande coloniale) sont à la source d’un inconscient collectif lié à la colonisation »: c’est pour faire émerger cet inconscient que l’asbl CEC (Coopération, Éducation, Culture) présente à nouveau au musée BELvue l’exposition consacrée en 2000 au même sujet.(...)"

° http://ti.diak.over-blog.com/article-propagande-coloniale-124379390.html
° http://www.altereduc.be/index.php?page=archiveList&content=article&display=item&lg=1&art_id=5340&s_id=10
° http://books.google.fr/books?id=YQG0sJcVq9YC&pg=PA143&lpg=PA143&dq=la+propagande+coloniale+belge&source=bl&ots=kIFHprk1FT&sig=v_1vhqvGHoC-88i3EBPKRwJZX4k&hl=fr&sa=X&ei=x-0vVLXtHYL1aIrvgrAC&ved=0CEQQ6AEwBjgK#v=onepage&q=la%20propagande%20coloniale%20belge&f=false




Compatriotiquement!

Revenir en haut Aller en bas

L'HISTOIRE DE NOTRE PAYS TOUT COURT !

Message  ndonzwau le 4/7/2015, 10:24 pm

"David Van Reybrouck: «La RDC, une éponge imbibée d’eau»
° http://www.rfi.fr/hebdo/20150703-david-van-reybrouck-belgique-rdc-eponge-imbibee-eau-congo-coltan-uranium-kabila-petrole-corruption/


David Van Reybrouck est une figure de la vie culturelle bruxelloise.

Historien, romancier et dramaturge belge, David Van Reybrouck, 43 ans, a publié le best-seller international Congo, une histoire, traduit en 2012 en français par Actes Sud. Somme historique et récit de voyage, il a recueilli les témoignages des principaux intéressés, quelque 500 Congolais de tous âges, ethnies, milieux et régions rencontrés au cours de sa longue enquête. Cinq ans plus tard, il évoque pour RFI l’avenir de la RDC.

RFI : Quelle importance stratégique la RDC a-t-elle pour l’avenir de l’Afrique ?

David Van Reybrouck : On a trop souvent tendance à penser que le Congo est un monde à part, un pays lointain où tout se joue dans une autre époque. Or, cette nation africaine de 75 millions d’habitants appartient bel et bien à notre époque et à notre monde. Elle a même été à l’avant-garde des développements mondiaux depuis des décennies, voire des siècles. C’est au Congo que la Guerre froide a commencé et que se trouve la plus importante mission de maintien de la paix jamais déployée par les Nations unies. C’est encore du Congo que vient Thomas Lubanga, la première personne à avoir jamais été condamnée par la Cour pénale internationale. Ce n’est pas non plus un hasard si la communauté internationale a dépensé de fortes sommes pour organiser en 2011 (coquille, ce n'est pas en 2011 que la CI s'est saignée pour organiser des élections au Congo mais en 2006 !!!) en RDC les élections les plus coûteuses et les plus compliquées du monde. Du point de vue de l’économie, le Congo a toujours disposé de tout ce dont le capitalisme mondial avait besoin. Ce pays a fourni des esclaves au temps de la traite transatlantique, de l’ivoire à une époque où l’Europe jouait au piano et au billard, du caoutchouc lorsque le pneu gonflable a été inventé par Dunlop, du cuivre pour fabriquer les obus durant les deux guerres mondiales, mais aussi de l’uranium, une ressource qui a beaucoup compté dans la décision américaine de mener une offensive définitive au cours de la Seconde Guerre mondiale.



Congo, une histoire (David Van Reybrouck, traduit en 2012 par Actes sud)

De l’uranium, on est passé à l’extraction du coltan...

Et ce n’est pas tout ! Le Congo pourrait devenir la centrale électrique de l’Afrique si Inga tournait à 100 %. À lui seul, ce barrage pourrait satisfaire toute la consommation actuelle d’énergie en Afrique, en produisant de l’électricité propre et durable. Dans un continent qui va s’assécher de manière inexorable, le Congo représente une éponge trempée qui déborde d’eau ! Chose rarissime, les Congolais possèdent un fleuve énorme intégralement situé sur leur territoire, affluents compris. Ils ont le luxe de se trouver en possession indivise de l’un des plus grands fleuves du monde ! Seul problème : le Congo a toujours été plus maudit que béni par ses richesses. Le jour où les Chinois auront extrait le dernier milligramme de cuivre du sous-sol du Katanga, il restera le fleuve pour que la fête continue !
Pourquoi parler de « malédiction » dans le cas de la RDC ? 
Au-delà du cas congolais, les pays dotés d’un sous-sol très riche et d’un État très faible ont peu de chances de voir l’État se former. Du moins, tant que leurs élites écrèment les revenus tirés des exportations de matières premières. Au Congo, cette élite politique se contente de servir d’intermédiaire entre le sous-sol et les acteurs internationaux. Elle n’éprouve aucune nécessité de se préoccuper du développement du pays. Tant que l’argent arrive d’en haut, pourquoi se soucier du bas ? Il faut certes faire mine de s’en soucier un peu, parce que le monde semble tenir au fait que votre démocratie soit le résultat d’élections. Il faut s’assurer de temps à autre d’obtenir ce mandat populaire – non pas pour connaître la volonté réelle du peuple, mais pour apaiser les exigences des puissances occidentales et continuer à faire des affaires.

Qu’en est-il du pétrole ?
Des réserves ont été trouvées dans l’est du pays, dans le parc des Virunga, non loin de Goma. Une discussion existe aussi sur le gaz qui se trouverait dans le lac Kivu, et le Rwanda a déjà manifesté son intérêt. Cependant, le problème du Congo ne consiste pas à trouver de nouvelles ressources naturelles ou à creuser de nouveaux puits, mais à améliorer la situation de ses citoyens. D’autres pays se portent très bien, sans ressources naturelles importantes, avec un État opérationnel et des citoyens prêts à payer l’impôt.
Pensez-vous au Rwanda ?
Pas spécifiquement. Le Rwanda n’a pas de ressources naturelles, mais parvient à les exporter – c’est encore une autre histoire ! Les exemples d’États qui redistribuent les richesses sans avoir forcément beaucoup de ressources naturelles se trouvent en Belgique, en Finlande ou au Cap-Vert. Ce petit pays situé au large de l’Afrique de l’Ouest, dont les dirigeants ont réussi à établir un pacte de confiance avec leurs administrés. Dans ce contrat social, une sorte de troc est en jeu : en échange de l’impôt, l’État produit des biens publics. Le deal consiste à voir le bas donner en haut et le haut redistribuer en bas - en fonction d’une logique de puissance publique et non de multinationale.

Où la question cruciale pour l’avenir à votre sens ?
Le vrai manque se trouve dans l’absence de percolation entre les richesses produites au sommet et le bas de l’échelle sociale. Tant que l’État ne redistribue pas vers la société, les Congolais se trouvent livrés à une débrouillardise infinie, dans un système où la corruption s’avère généralisée. Construire l’État reste l’enjeu majeur au Congo - un État qui inspire la confiance et soit capable de redistribuer les richesses et le bien-être à tous. Un président qui va prendre sa retraite doit être sûr que son salaire sera payé ! Il doit lui aussi avoir confiance dans le fonctionnement de l’État.

[/b]

  •  
    Dr Denis Mukwege: en RDC, «beaucoup de victimes attendent la justice»



D’où viennent à votre avis les changements majeurs à l’œuvre en RDC aujourd’hui ? 
Ils ne se produisent pas forcément sur le sol congolais. La structure de la diaspora se trouve en mutation, et elle pourrait jouer un rôle crucial pour l’avenir. Dans les années 1960 ou 1970, un Congolais qui émigrait partait définitivement pour s’installer à Paris ou Bruxelles. Il s’agissait d’un trafic à sens unique, d’un aller simple. Aujourd’hui, les émigrés ne se contentent plus d’envoyer de l’argent par Western Union à leurs parents. Ils font la navette, montent des entreprises, investissent. Skype, Facebook, WhatsApp et Twitter ont changé la donne, en rendant le contact avec la patrie beaucoup plus facile et intense. Les migrants sont devenus des intermédiaires, ils apportent du savoir-faire. Et les manifestations les plus importantes contre les résultats des élections de 2011 ne se sont pas déroulées à Kinshasa, mais à Bruxelles. La diaspora devient un espace de contestation.
Quels sont pour vous les motifs d’espoir en RDC ?
Au Congo, comme nulle part ailleurs, je garde espoir dans l’humanité, tout en traversant parfois de moments de désespoir profond. L’extrême courage humain est associé dans ce pays à l’extrême cruauté et l’extrême bêtise. L’homme est capable des deux, mais je suis convaincu que les forces constructives vont l’emporter. Rien n’est simple en RDC :on trouve des personnes très corrompues au bas de l’échelle sociale, mais aussi des gens de grande qualité au sommet de l’État, avec notamment des députés qui se montrent extraordinaires. Si le Dr Denis Mukwege emportait le prix Nobel de la paix, ce serait largement mérité et sur le plan symbolique, une telle récompense donnerait un nouvel élan au pays. L’impact pourrait être le même que celui qu’a connu l’Afrique du Sud en 1984, avec le prix Nobel décerné à Desmond Tutu. C’est très important pour le Congo."

Pour en savoir plus
David Van Reybrouck : «Congo, une histoire»
David Van Reybrouck: «Le Congo est un Etat en faillite»



"David Van Reybrouck: «Le Congo est un Etat en faillite»
° http://www.rfi.fr/afrique/20121009-david-van-reybrouck-le-congo-est-etat-faillite-histoire-rdc/
Congo, une histoire, de David Van Reybrouck, est paru en 2010 en néerlandais à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, anciennement le Zaïre. Ce best-seller inattendu en Belgique flamande et aux Pays-Bas a été vendu à ce jour à 250 000 exemplaires. Ce livre, en cours de traduction dans une dizaine de pays, a valu à son auteur le prestigieux prix Ako - le Goncourt néerlandophone. Archéologue de formation, romancier et poète, Reybrouck est « une personnalité de la scène culturelle bruxelloise », selon le quotidienLe Soir. Son essai s’inscrit dans une historiographie postcoloniale qui déconstruit les mythes de la colonisation et mélange la grande histoire avec le vécu quotidien du petit peuple. Interview.

Votre livre est singulier car il propose de raconter 90 000 ans d’histoire du Congo. Ce faisant, ne confondez-vous pas l’histoire et la préhistoire ?

Non. Il se trouve que je suis docteur en préhistoire. Mes travaux dans ce domaine m’ont notamment appris que les sources écrites n’étaient pas les seules archives fiables. Les études préhistoriques nous apprennent surtout à redéfinir l’histoire comme une épopée de l’aventure humaine. Grâce aux sources archéologiques dont nous disposons, on sait que l’aventure humaine au Congo a débuté il y a 90 000 ans. A l’échelle africaine, c’est relativement jeune car, à seulement quelques centaines de kilomètres à l’est du Congo, on a retrouvé des outils en pierre taillée âgés au moins de deux millions d’années et des ossements fossils de 4 millions d'années. C’est bien la preuve que l’histoire humaine a bel et bien commencé en Afrique et pourtant il est de bon ton aujourd’hui de subordonner l’histoire africaine à l’arrivée des Européens sur le continent noir. Certains vont même jusqu’à affirmer que l’Afrique n’avait pas d’histoire avant l’arrivée des Blancs et qu’elle n’en a plus depuis la fin de la colonisation ! Il n’y a pas très longtemps un président français affirmait que l’homme africain n’était pas entré dans l’histoire ! Tout cela est totalement absurde.
Comment est né votre intérêt pour le Congo ?
Mon père a travaillé comme cheminot dans le Katanga après l’indépendance pendant cinq ans, entre 1962 et 1966. Quand j’étais petit, je l’entendais raconter sa vie là-bas. Mais comme il était mauvais narrateur, ses récits étaient toujours frustrants pour le petit garçon que j’étais. Je crois que mon intérêt pour le Congo est né de cette frustration.

Votre essai s’inscrit dans une longue tradition historiographique du Congo qui a commencé à l’époque coloniale. En quoi consiste l’originalité de votre démarche ?
Après l’indépendance, les Congolais eux-mêmes se sont saisis de leur histoire, Elikia M’bokolo, Ndaywel è Nziem, pour ne citer que ceux-là. Le dernier a consacré au Congo une histoire monumentale (Histoire générale du Congo : de l’héritage ancien à la République démocratique, 1998) qui a été mon livre de chevet pendant que je faisais mes recherches. Mais cette génération a une plume plutôt académique, ce qui les rend difficile d’accès pour les lecteurs moyens. J’ai donc essayé de faire un travail de vulgarisation et de synthèse. Je propose une vue d’ensemble, alors que les gens connaissent l’histoire par petits bouts. Ils connaissent Lumumba, ils ont entendu parler de Mobutu, des brutalités perpétrées à l’est du Congo, sans nécessairement posséder cette vision globale qui permet de contextualiser et de comprendre.

Comment avez-vous travaillé ?
Quand on est Belge comme moi et qu’on veut écrire une histoire du Congo, le premier écueil à éviter est celui d’une vision européocentriste ou élitiste de ce pays. Pour ne pas tomber dans ce piège, je suis allé parler aux gens ordinaires, solliciter leurs mémoires, leurs expériences de la vie quotidienne. A la manière de Howard Zinn, j’ai voulu écrire ce que ce grand historien américain appelait « a history from below », (« l’histoire vue d’en bas »). Mon livre s’appuie sur des témoignages que j’ai recueillis en parcourant le pays de long en large. J’ai rencontré plus de 500 personnes dont une centaine se retrouvent dans le livre. Ces témoignages sont précieux car ils proviennent des gens dont certains ont connu Lumumba et d'autres ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale. J'ai même retrouvé un ancien animateur de radio qui officiait à l'époque de l'indépendance. Leurs propos alternent avec la grande histoire et constituent en quelque sorte le fil d’Ariane de ce long récit de plus de 700 pages.
Etienne Nkasi est l’un de ces fils conducteurs. Qui était Nkasi ?[
Nkasi était le témoin le plus âgé que j’ai rencontré. Il était né, disait-il, en 1882, et avait 126 ans quand je l’ai connu pour la première fois. Je l’ai rencontré par son frère qui, lui, avait 100 ans ! Cela relevait du prodige dans un pays où l’âge moyen ne dépasse guère 40 ans. J’avoue que j’étais sceptique, mais au fur et à mesure que je parlais à Papa Nkasi, j’ai dû reconnaître, les vérifications faites, que j’avais en face de moi quelqu’un dont la vie recoupait réellement l’histoire du Congo. L’homme avait connu les premiers missionnaires, le fameux Simon Kimbangu, fondateur du kimbanguisme, la construction du chemin de fer entre Matadi et Kinshasa qui a eu lieu entre 1890 et 1898. Il me donnait des précisions qu’il n’aurait pas pu connaître s’il n’avait pas vécu ces faits historiques lui-même. Nkasi n’était pas un informateur lambda. Nous sommes devenus amis malgré la barrière des années qui nous séparait. J’étais malheureux quand j’ai appris son décès. Je venais de terminer la rédaction de mon livre. J’ai dédié le livre à sa mémoire, pour remercier Papa Nkasi de son témoignage exceptionnel.

Dans votre livre, les Nkasi cohabitent avec des personnages qui ont marqué l’histoire du Congo, les Stanley, Léopold II, Lumumba, Mobutu… Vous êtes particulièrement dur avec Lumumba ?
Lumumba reste la figure emblématique de la libération coloniale. Je l’admire beaucoup pour le rôle majeur qu’il a joué dans l’indépendance du Congo en incarnant d’emblée la nation congolaise, alors que ses collègues étaient encore enracinés dans leurs régions, leurs clans. Mais je voulais aussi m’élever au-dessus des clichés hagiographiques et recontextualiser les personnages historiques. Comment ne pas rappeler que Lumumba avait aussi commis quelques erreurs de jugement, dont la plus importante était peut-être celle de vouloir africaniser l’armée en l’espace d’une semaine ? A ce jour, le Congo n’a toujours pas d’armée régulière.
Depuis Conrad, le Congo est associé aux « ténèbres ». Ce pays que vous connaissez si bien est-il vraiment l’espace la plus obscurantiste du monde ?
Cette métaphore des ténèbres est revenue à la mode à la faveur de la guerre à l’est du Congo et les atrocités qui y sont commises par les milices surtout contre les femmes. On parle du retour du tribalisme et de l’obscurantisme. Or, il me semble que loin d’être des conflits primitifs, les guerres qui rongent le Congo contemporain sont hypermodernes par leurs causes. Elles ont pour noms la surpopulation, la malédiction des ressources, le capitalisme mondial qui veut à tout prix garder sa mainmise sur ces ressources… Depuis les cinq dernières années, l’Europe tente tant mal que bien de sauver sa monnaie, et pendant cette période, la Chine a doublé son investissement en Afrique et au Congo. Aujourd’hui, les pays émergeants sont massivement présents au Congo, du Brésil à l’Inde en passant par la Turquie, la Corée du Sud. C’est la preuve que le Congo est pleinement au cœur de la mondialisation. L’ambition de mon livre est de rappeler ces quatre vérités et arracher le Congo à la lecture « exotisante » à laquelle il est trop souvent soumis. Avec ses ressources souterraines mais aussi en hommes et compétences, ce pays est un nouveau dragon potentiel.

Qu’est-ce qui entrave le décollage de la RDC ?
La faillite de l’Etat, la corruption des politiques et paradoxalement les ressources qui suscitent des convoitises étrangères. Au pouvoir depuis plus de dix ans, Joseph Kabila n’a toujours pas réussi à arrêter la fuite en avant, malgré ses discours qui ont parfois donné l’impression que le pays allait être remis sur les rails. La tâche du gouvernement congolais est certes immense : créer un Etat à partir d’un non-Etat ! Les racines du mal sont à chercher dans la décolonisation qui avait été mal préparée. Figurez-vous qu’en 1960, il n’y avait que 16 universités au Congo pour répondre aux besoins en éducation d’un pays de la taille de l’Europe occidentale. En matière de mœurs politiques, on s’attendait à ce que les politiciens congolais issus de l’indépendance maîtrisent le jeu démocratique, alors qu’ils n’avaient jamais vécu en démocratie. Le Congo belge était tout sauf une démocratie. Comment s’étonner alors que les élections soient truquées ou que la Constitution soit changée pour faciliter la réélection du président, comme cela s’est passé en 2011 ?
La parution de votre livre en traduction française coïncide avec la tenue du sommet de la Francophonie à Kinshasa. Cet événement attire l’attention de la communauté internationale sur le Congo. Qu’en pensez-vous ?
La donne au Congo a changé depuis les élections de 2011 qui étaient entachées d’irrégularités. Le gouvernement Kabila a aujourd’hui un problème de légitimité. En se rendant à Kinshasa, la communauté francophone légitimise ce régime. Cela me paraît problématique.


Congo : Une histoire, par David Van Reybrouck. Essai traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin. Paris, Editions Actes Sud, 2012. 711 pages. 28 euros."

Au cours des échanges ici j'ai souvent été surpris par l'insuffisante connaissance des uns et des autres de notre histoire parfois même chez ceux dont on attendait plus...

Je ne peux alors que vivement conseiller à tous la lecture du livre de Van Reybrouck, Congo. Une histoire !
S'il n'a pas toujours l'exactitude et l'exhaustivité des ouvrages académiques comme celui de Ndaywell ou la monumentale Histoire de l'Afrique de l'Unesco ou celle de Cambridge, il est d'abord plus facile ! Sa lecture est rendue plus agréable par le parti-pris d'un "récit de voyage" malgré ses 700 pages pour qui veut s'instruire utilement !
De plus il est aujourd'hui intégralement en poche de bonne qualité et coûte donc peu, 12£ (en France!) si je ne m'abuse car j'en ai acheté quelques exemplaires il y'a deux mois pour des amis d'Afrique !

Prenez, svp, patiemment le temps de lire ne fût-ce cet heureux exercice que nous offre ce "noko" qui ne s'entiche d'aucune prétention, son succès populaire en dit long; c'est déjà ça pour la pleine connaissance de notre pays, son passé mais aussi son présent pour mieux en disputer de son meilleur avenir ! C'est le b à ba de toute solution à chaque société (en crise) : savoir d'où l'on vient pour mieux comprendre où on en est afin de se construire un avenir plus efficace !




Compatriotiquement!

# Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul #
# Que faisait Dieu avant la création ? De toute éternité, il préparait d'épouvantables supplices pour celui qui poserait cette question. #

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'HISTOIRE DU CONGO A TRAVERS L’ŒIL DES BELGES ! UNE EXPOSITION SUR LA PROPAGANDE COLONIALE ! INSTRUCTIVE !!!

Message  Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 8:48 am


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum