Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

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Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  Troll le 15/2/2016, 2:12 pm

¤ LE RETOUR DES FERMIERS BLANCS AU ZIMBABWE

Razz Sur cette page où Mugabe serait un hero africain qui s´opposerait aux "occidentaux" Surprised les lecteurs seront sans doute surpris d´apprendre ce qui se passe:) en ce moment au Zimbabwe:)


http://www.rfi.fr/afrique/20160212-reportage-zimbabwe-fermiers-blancs-retour-terre-confiscation
Surprised Surprised Surprised


Les fermiers "Blancs"** Surprised ont immigrés en Zambie et au Mozambique..d´autre sont entrain de s´installer au Nigeria Embarassed Le bilan dans ces pays ...ces fermiers "Blancs Zimbabwes" qui continuent á avoir cette "nationalité" ont apportés leur expertise Like a Star @ heaven et la production du mais en Zambie et au Mozambique Like a Star @ heaven I love you I love you est un bilan remarquable Like a Star @ heaven Wink
I love you


La petite question..est de savoir si au Congo..nous saurons lancer Like a Star @ heaven une offensive Like a Star @ heaven en direction des portugais et grecs....pour favoriser leur retour au pays ? (comme Mugabe est entrain de le faire Lol Laughing )

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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 15/2/2016, 4:01 pm

En effet du Zimbabwe de Mugabe, le double son de sa politique anti-impérialiste !?

Plus d'une fois parlant de ce pays, j'ai fait la remarque selon laquelle beaucoup de personnes qui en parlaient le faisaient sur des bases idéologiques et surtout parlaient à la place des autochtones sans se donner la peine de prendre l'avis des zimbabwéens eux-mêmes sur leur pays : la principale info sur l'agriculture zimbabwéenne est que la politique anti-impérialiste de Mugabe qui a jeté dehors les fermiers blancs a ruiné la productivité de ce pays jadis grenier agricole de l'Afrique australe; les défenseurs idéologiques de la Zanu-PF allèguent eux que cela est faux, il y a des bénéfices certains à cette spoliation souverainiste... Quelle est la réalité ?

Ne parlons pas de la sécheresse actuelle mais suivons cette série  de reportages de RFI qui atteste d'un retour timide des fermiers blancs, retour rendu indispensable suite à la catastrophe agricole des dernières décennies avec semble-t-il l'aval du pouvoir anti-blanc qui comprend enfin que le bon avenir passe par là ! Mais en même temps le vieux guerrier anti-impérialiste continue de souffler le chaud et le froid !

Qu'importe, suivez le reportage et surtout ne nous dites pas que c'est de la fiction des ennemis de Mugabe et que derrière cette réalité, il n'y a pas un aveu d'échec de la politique anti-blanc, échec mutuel d'ailleurs dans la mesure où le ministre reconnaît l'intérêt de permettre via le retour aux blancs de renouer avec la productivité d'antan et où ce fermier blanc qui reconnaît à son tour que les blancs se sont peut-être fourvoyés en se mêlant trop de politique...
Qui a dit que la stratégie de collaboration entre les races valait mieux que celle anti-blanc toute ou ségrégationniste d'antan ; si l'expérience douloureuse d'un demi-siècle de souveraineté cahin cahan  de l'Afrique devait nous en convaincre aujourd'hui, nous aurons fait un grand pas, celui-là même que Mandela a esquissé courageusement et avec sagesse Mandela il y a 20 ans ! La Chine seule ne suffira pas au partenariat nouveau des Africains d'aujourd'hui.
Enfin il est intéressant et même utile de balancer les avis : le prix à payer pour la souveraineté parait très lourd pour les Zimbabwéens mais il est un fait qu'au départ il valait la peine d'être tenté peut-être pas comme l'ont fait Mugabe et sa Zanu-PF; dans ce sens bien des liens que j'ai affichés en rendent compte surtout les derniers...
Bonne lecture, utile visionnage !


[Reportage]"Zimbabwe: le retour à la terre des fermiers blancs
° http://www.rfi.fr/afrique/20160212-reportage-zimbabwe-fermiers-blancs-retour-terre-confiscation


Claude Dreyer, un fermier blanc de 58 ans, travaille pour deux fermiers noirs.

A la fin des années 1990, le Zimbabwe était le grenier à céréales du continent. Le pays comptait aussi parmi les premiers exportateurs de tabac au monde. Mais la confiscation des terres détenues par les agriculteurs blancs, lancée dans la violence il y a quinze ans, a mis le pays à genoux. Ces fermiers étaient 4 000 à la fin du siècle dernier, ils ne sont plus que 150 aujourd’hui. Leurs hectares ont été donnés le plus souvent à des soutiens du président Robert Mugabe. La plupart des bénéficiaires noirs ont laissé ces terres arables à l’abandon, soit par désintérêt, soit parce qu’ils n’avaient pas été choisis parmi les agriculteurs ayant le savoir-faire requis ou n’avaient pas les fonds et les moyens pour les exploiter. Aujourd’hui, avec la caution et même les encouragements du gouvernement de Mugabe, les Noirs sont de plus en plus nombreux à solliciter l’aide des Blanc qui acceptent volontiers de retourner à la terre. C'est le premier volet de notre série de reportages sur le Zimbabwe. 

De notre envoyé spécial à Beatrice, Nicolas Champeaux

Les herbes sont hautes, les buissons touffus et les vieilles clôtures sont à terre. La nature a repris le dessus sur cette parcelle en périphérie de Beatrice, au Zimbabwe. Elle a été confisquée à un fermier blanc en 2003 et donnée à deux vétérans de la lutte pour la libération. « C’est la portion qui est exploitée par mes deux partenaires », explique au volant de son 4x4 Claude Dreyer, un agriculteur blanc âgé de 58 ans.
Le partenariat commercial que Claude a noué ne porte que sur une partie des terres allouées à ses deux associés « Pour rendre service, j’ai tout de même planté sur leur portion ce maïs qui arrive à peine aux genoux. Ce n’est pas irrigué, mais ça permet de nourrir un peu la communauté. » Ses deux partenaires noirs n’étaient pas parvenus à exploiter la terre parce qu’ils n’avaient pas les moyens de lever des fonds. Les invasions des fermes tenues par les agriculteurs commerciaux d’origine européenne ont été lancées au début des années 2000 dans la plus grande improvisation. Les deux associés ont donc cherché à s’associer avec un fermier blanc. D’après les termes du contrat de trois ans renouvelables, signé en avril 2015, Claude a l’usufruit d’une parcelle de 20 hectares. Selon le document, validé par le gouvernement, il peut les cultiver comme il l’entend, ses partenaires n’ont aucun droit de regard. En échange, il doit verser à ses deux associés une allocation mensuelle, indexée sur les profits. Claude s’est aussi engagé à aider ses partenaires, qui ont refusé de nous parler, à mieux exploiter les hectares qu’ils ont conservés.

« Je m’engage dans une terre inconnue »

En tout, Claude a investi un quart de million de dollars sur ses 20 hectares. « Vous allez voir, on arrive à mon projet, et là c’est autre chose, en plus vous avez de la chance, mes gens sont encore au travail », explique fièrement Claude, toujours au volant, à l’embouchure d’une piste cabossée.
Alors que le soleil se couche, une quinzaine d’ouvriers agricoles, payés quatre dollars US la journée, vident des sacs de maïs à l’arrière d’un camion. Un contremaître remplit un tableau au stylo dans son cahier. Derrière le groupe se dressent, sur plusieurs hectares, des tiges de maïs aussi grandes qu’un basketteur du championnat américain NBA. « Ce champ fait partie de ma portion de la joint-venture (société commune NDLR). J’ai dû retaper tout le système d’irrigation sous-terrain », explique Claude avant de nous emmener sur une berge de la rivière Mupfure. Il nous montre, non sans fierté, les deux pompes qu’il a installées. L’une fonctionne à l’électricité, mais en raison des nombreuses coupures de courant, une autre tourne au diesel.
Outre l’irrigation, Claude a aussi dépensé beaucoup d’argent pour débroussailler, acheter des équipements, des semences, et il emploie quarante saisonniers. Divorcé, remarié et père de quatre enfants, il a vendu sa maison pour financer cette aventure. « Je m’engage dans une terre inconnue, reconnaît Claude, le visage creusé de rides. J’ai vendu ma maison. Je n’aurais pas pu monter cette opération sans capital de départ. Les banques ne m’auraient jamais prêté d’argent, car la terre n’est pas à moi et parce que le contrat ne dure que trois ans renouvelables. J’espère dégager des profits d’ici deux ans. Mais je suis prêt à prendre ce risque, car je pense que c’est la marche à suivre pour le Zimbabwe. »

Claude avait préalablement consulté le fermier blanc qui était propriétaire de ces terres et qui a été expulsé. « D’un point de vue éthique, je tenais à le voir, et il m’a donné son feu vert. Il m’a même aidé, il m’a indiqué où étaient enterrés certains canaux d’irrigation », se souvient notre hôte, cigarette au bec et sourire aux lèvres.
Au retour de notre promenade, nous rencontrons Stoff Hawgood. Sa ferme jouxte les terres des deux associés de Claude. C’est lui qui l’avait introduit auprès d’eux. Stoff est heureux d’avoir joué le rôle d’entremetteur: « Je crois que les autorités commencent à comprendre qu’il y a au Zimbabwe des gens qui ont accès à la terre, mais qui sont sans ressource, et d’autre part des gens qui ont des ressources, mais qui n’ont pas accès à la terre. Le gouvernement essaie donc de faire en sorte que cette terre soit de nouveau rentable en autorisant les détenteurs de capitaux à accéder légalement à la terre pour relancer la production. »

Un aveu d’échec du gouvernement Mugabe

Le recours aux fermiers blancs, par le biais de ces joint-ventures, est un aveu d’échec de la part de la ZANU-PF au pouvoir, parti anti-impérialiste issu de la lutte pour l’indépendance. Le cas de Stoff Hawgood est, en soi, éclairant. Il emploie aujourd’hui quatre cents personnes, contre mille il y a une quinzaine d’années. En 2004, les autorités ont nationalisé les terres, et il a perdu le titre de propriété du demi-millier d’hectares acquis par ses parents en 1955, mais il n’a jamais été expulsé.
En 2010, les autorités l’ont approché pour qu’il se mette en règle et postule pour pouvoir être l’occupant légal de la terre de ses parents.« Je fais pousser du soja, j’ai 200 hectares de maïs, 140 hectares de pommes de terres, ils donnent quarante tonnes de patates par hectare, et je produis dix mille litres de lait par jour. Les autorités ont dû voir que j’étais très productif et j’aide l’hôpital de campagne et les écoles, j’ai été sur cette ferme toute ma vie, j’ai beaucoup travaillé avec la communauté et je suis toujours resté à l’écart de la politique »explique Stoff avec conviction. Aujourd’hui, il continue d’investir avec parcimonie, mais il n’est pas prêt à prendre les mêmes risques que son ami Claude : « L’Etat a nationalisé les terres, nous ne pouvons plus convaincre nos banques de nous prêter de l’argent en leur disant que nous pouvons vendre en cas de coup dur. Et les agriculteurs ne veulent pas investir leurs deniers personnels ».
Claude lui est prêt à ce sacrifice. « Je suis heureux de travailler avec ceux qui se sont vu octroyer des terres, c’est une expérience rafraîchissante. Selon moi, depuis le début, ces terres devaient revenir aux populations indigènes. On aurait pu éviter les violences auxquelles on a assisté. Entre l’indépendance en 1980 et les années 2000, les Blancs auraient dû prendre les devants, être plus coopératifs et proposer un accord avec le gouvernement. Les Blancs n’ont pas eu la bonne attitude », soupire Claude.

Son ami Stoff n’est pas tout à fait d’accord : « Les Blancs ont commis l’erreur de se mêler de politique. Mais il est injuste de dire qu’ils n’ont rien fait pour corriger les inégalités héritées du passé. Je pense que tout le monde est fautif, on ne peut pas tout mettre sur le dos des Blancs, même s’ils auraient pu faire plus. De toute façon la réforme agraire est un processus. Les difficultés économiques du pays font qu’aujourd’hui tout le monde est prêt à se retrouver autour de la table et à identifier la marche à suivre. »
Les autorités semblent sur la même longueur d’onde et assument pleinement ces partenariats entre les vétérans de la guerre de libération et les fermiers noirs. Ils résultent d’une décision du Conseil des ministres. Le gouvernement encourage même les fermiers blancs qui ont quitté le Zimbabwe à revenir au pays et à investir. C’est indéniablement un revirement.
« Le Zimbabwe a besoin de l’expertise et des capitaux des fermiers blancs qui ont rejoint la diaspora et nous disons à tous ceux qui ont fui et qui sont attachés sentimentalement au Zimbabwe qu’ils peuvent revenir »a indiqué à RFI Christopher Mutsvangwa, ministre en charge des Vétérans. Joint au téléphone, il s’est aussi livré à une sorte de mea culpa : « La terre au Zimbabwe doit de nouveau être envisagée sous l’angle de la productivité. Cette terre par le passé a été prise en otage pour régler des comptes, mais au Zimbabwe, cette ère est révolue nous sommes passés à autre chose »C’est un important revirement et peut-être le début d’un nouveau chapitre de l’histoire tumultueuse de la terre au Zimbabwe.


Claude a rénové tout le système d'irrigation. Sur une berge de la rivière Mupfure, il a également installé deux pompes à eau. 
Nicolas Champeaux/RFI



"Au Zimbabwe, les fermiers blancs prennent leur revanche sur Mugabe
° http://www.sen360.fr/actualite/au-zimbabwe-les-fermiers-blancs-prennent-leur-revanche-sur-mugabe-426992.html
° http://www.slateafrique.com/651393/fermiers-blancs-zimbabwe

 



Cela ressemble au serpent qui se mord la queue. Chassés dans les années 1990 par l'inamovible chef d'Etat du Zimbabwe Robert Mugabe, les fermiers blancs sont de nouveaux accueillis à   bras ouverts par le dictateur. Près de 20 ans après, ce dernier n'est pas subitement devenu un homme «meilleur», mais il a simplement enfin constaté que sa chasse aux sorcières n'avait fait que détruire l'outil agricole zimbabwéen. 
«Ces fermiers étaient 4 000 à   la fin du siècle dernier, ils ne sont plus que 150 aujourd'hui», raconte Radio France internationale (RFI) dans un reportage. Leurs exploitations agricoles ont été données à   des proches de Robert Mugabe qui n'avaient pas le savoir-faire nécessaire. Conséquence, la production agricole du Zimbabwe s'est effondrée. Auparavant grenier à   blé de l'Afrique australe, le pays n'est plus capable d'assurer son autosuffisance. 
Avec la dépression économique qui touche le Zimbabwe depuis plusieurs années - matérialisée par la l'hyper-inflation qui a touché le pays -, les «partenariats» entre fermiers blancs et propriétaires noirs sont de plus en plus fréquents.«Les propriétaires noirs gardent leurs droits sur les terres mais partagent les profits avec les blancs, qui agissent en tant que consultants ou managers, parfois en amenant avec eux des équipements de pointes», note le Washington Post.

Dans les années 1980, il y avait environ 120.000 blancs contre 7 millions de noirs au Zimbabwe, mais 50% des terres agricoles étaient concentrées entre les mains de propriétaires blancs. En rendant la terre aux noirs, Mugabe avait voulu «décolonialiser» un pays encore profondément marqué par la discrimination raciale. 
Mais aujourd'hui, «la terre au Zimbabwe doit de nouveau être envisagée sous l'angle de la productivité. Cette terre par le passé a été prise en otage pour régler des comptes, mais au Zimbabwe, cette ère est révolue nous sommes passés à   autre chose», a expliqué sagement à   RFI, Christopher Mutsvangwa le ministre des Vétérans de la guerre de libération.
Nous sommes tous multi-milliardaires en dollars zimbabwéens


"Zimbabwe: Mugabe et les Britanniques, à la folie pas du tout"
° http://www.rfi.fr/emission/20160215-zimbabwe-mugabe-britanniques-folie-pas-tout

"Zimbabwe : Mugabe va rendre aux blancs leurs terres"
° http://www.afrik.com/zimbabwe-mugabe-va-rendre-aux-blancs-leurs-terres

"Le Zimbabwe confronté à une crise alimentaire"
° http://www.rfi.fr/afrique/20160102-zimbabwe-crise-alimentaire-mais-agriculture

"Zimbabwe: procès d'un député accusé d'avoir insulté Grace Mugabe"
° http://www.rfi.fr/afrique/20160105-zimbabwe-ouverture-proces-depute-insultes-grace-mugabe

"Le Zimbabwe va taxer les fermiers bénéficiaires de la réforme agraire"

° http://www.rfi.fr/afrique/20151117-zimbabwe-taxes-fermiers-reforme-agraire

"Zimbabwe: les fermiers blancs inquiets suite à l’annonce de Mugabe"
° http://www.rfi.fr/afrique/20150302-zimbabwe-fermiers-blancs-inquiets-suite-annonce-mugabe

"Afrique du Sud: indemnisation de fermiers blancs zimbabwéens au Cap"
° http://www.rfi.fr/afrique/20151117-zimbabwe-taxes-fermiers-reforme-agraire



° http://www.rfi.fr/emission/20151111-archive-independance-rhodesie-1965-invites-garagistes-dene-issebere-telephone
° http://www.irinnews.org/fr/report/73306/zimbabwe-les-fermiers-blancs-retournent-chez-eux
° http://www.rfi.fr/afrique/20151202-zimbabwe-premiere-etape-tournee-africaine-xi-jinping-economie
° http://www.france24.com/fr/20130730-elections-zimbabwe-loi-lexpropriation-fermiers-blancs-fait-debat
° http://www.rfi.fr/emission/20150611-zimbabwe-portrait-mugabe-union-africaine-sadc
° https://www.youtube.com/watch?v=QENXbo5rcP8
° http://www.rfi.fr/emission/20150612-zimbabwe-mugabe-union-africaine-guerre-succession

"Un autre point de vue sur le Zimbabwe
Publié le 18/09/2013 à 09H54, mis à jour le 18/09/2013 à 10H19

° http://geopolis.francetvinfo.fr/un-autre-point-de-vue-sur-le-zimbabwe-22721


Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, à Harare le 18-4-2012.

Le Zimbabwe est-il bien cet enfer décrit très souvent par la presse occidentale ou l'écrivaine britannique Doris Lessing, prix Nobel de littérature? Pas si simple, répond René-Jacques Lique, ancien journaliste de l’AFP et auteur d’une biographie sur le président zimbabwéen Robert Mugabe, âgé de 89 ans. Lequel a été réélu le 31 juillet 2013 pour un 5e mandat consécutif.

Vous jugez très durement la couverture du Zimbabwe par les médias occidentaux qui portent un jugement assez unanime et sans concession sur le régime de Robert Mugabe. Pourquoi ? 

Que les médias aient un jugement unanime et sans concession sur Mugabe, c’est une certitude. Mais j’ajouterai : partial, engagé et mensonger.

«Partial» parce qu’ils ne veulent voir qu’une face du Zimbabwe et que leur vision de l’histoire globale de ce pays s’arrête le plus souvent à 1980, date où Robert Mugabe est arrivé au pouvoir après avoir mené une très longue guerre d’indépendance coûteuse en vies humaines contre une régime raciste et ségrégationniste ignoble, d’abord quand la Rhodésie était une colonie britannique puis quand le Blanc Ian Smith en a proclamé unilatéralement l’indépendance vis-à-vis de Londres.
Si l’on oublie ou si l’on met de côté le très lourd passé de ce pays, depuis 1888, année où l’affairiste britannique Cecil Rhodes posa pied sur cette terre d’Afrique australe, alors on ne comprend rien au Zimbabwe des années 80 ni à celui d’aujourd’hui.

«Engagé», parce qu’il ne faut pas me faire croire que les journalistes ne connaissent pas le passé particulièrement odieux et injuste des régimes politiques qui ont dirigé ce pays avant Mugabe, et que ne pas en parler c’est nier volontairement une partie des problèmes du présent. J’y reviendrai à propos de la terre pour répondre à votre deuxième question, mais, quand je lis dans des centaines et des centaines d’articles que Mugabe «confisque» la terre aux propriétaires blancs, et que jamais, absolument jamais, on s’interroge pour savoir comment ces «braves» fermiers Blancs ont acquis ces milliers d’hectares de terres agricoles, car au Zimbabwe on parle en milliers et non en centaines ou en dizaines comme en Europe, alors nul doute que ce traitement de l’information, avec de graves omissions, est délibérément engagé. Et quand on s’engage, l’on ment parfois un peu, souvent passionnément.


Paysan en train de récolter des feuilles de tabac à Odzi, à quelque 200 km à l'est de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 18-2-2011. 

Deux exemples seulement, mais j’en ai des dizaines en cartons.
Le premier : le bilan des victimes de ce que l’on a appelé les «massacres du Matabeleland», dans les années 1982-1983. C’est un gros post-it que les journalistes collent avec plaisir dans le dos de Mugabe quand ils rappellent son parcours.
J’ai épluché des dizaines d’articles évoquant ces événements, tant dans la presse francophone qu’anglophone. Les bilans cités vont de 5.000 morts à 40.000 morts et, le plus souvent à la louche, entre 10.000 et 20.000 morts.
Sauf que le bilan réel de ces affrontements, entre d’un côté, l’armée de Mugabe, et de l’autre, les partisans de son vice-président Joshua Nkomo et ceux que l’on appelait alors les «dissidents», un bilan, dressé en 1997 dans un rapport intituléBriser le silence et établi par les plus farouches adversaires de Mugabe, les membres de la Commission catholique Justice et Paix, a dénombré après des mois d’enquête seulement  2 .750 tués, tout en ajoutant qu’il y eut «sans doute plus» de victimes. Rien d’autre.
En compulsant mes archives, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tous les journalistes parlaient de 10 000 à 20 000 morts tout en citant comme source de leurs articles ce rapport Briser le silence. Je n’ai trouvé qu’un seul article, je dis bien un seul, dans le Daily Telegraph londonien, qui, en avril  2008, citant ce même rapport, rappelait lui ce seul bilan de 2.750 morts. La même semaine, le quotidien français Libération écrivait : «La répression aurait causé 20 000 à 30 000 morts.» Merveilleux conditionnel qui autorise tout. Et désolé, mais ces journalistes ne sont pas des perdreaux de l’année, qu’ils ne plaident pas l’ignorance.

Le deuxième exemple que je vous citerai pour illustrer la mauvaise foi partisane des médias, est celui de la «dame décapitée».
Fin avril 2002, Andrew Meldrum, correspondant du quotidien britannique The Guardian, raconte l’histoire horrible d’une pauvre Zimbabwéenne, favorable à l’opposition, qui a été décapitée à la hache par des partisans de Mugabe devant ses deux malheureuses petites filles. La même histoire est aussitôt reprise par les agences de presse, puis brodée de nouveau dans un autre journal londonien, The Independent. Andrew Meldrum et tous les journalistes occidentaux n’avaient en fait que repris et réécrit le récit de ce crime qu’avait publié le Daily News, un quotidien d’opposition du Zimbabwe.


D'anciens combattants de la guerre d'indépendance chantent des slogans lors d'une manifestation de soutien au président zimbabwéen, Robert Mugabe, le 11-10-2007, Sur la pancarte, au-dessus de sa photo, on peut lire en anglais: «Vrai héros aficain».  

Aucun, je dis bien aucun journaliste, n’a essayé de vérifier la véracité de ces faits pour le moins extraordinaires ! Une décapitation à la hache avec une motivation politique, cela n’est pas fréquent et mérite sans doute une investigation poussée. Mais on est au Zimbabwe, alors allons-y : répercutons l’info, faisons circuler, et on vérifiera après. Quand Andrew Meldrum et les journalistes du Daily News ont été traduits en justice pour diffusion de fausses nouvelles, ce fut un déchaînement contre le vilain Mugabe qui profitait de cette histoire pour brimer la presse et verrouiller la liberté d’information. Ah, oui !, j’ai oublié de vous préciser que toute cette histoire était complètement inventée et qu’elle était sortie par le biais d’un communiqué du MDC de Tsvangirai. Pas un média ne s’est attardé sur la crédibilité douteuse de ce parti d’opposition qui affirmait au monde entier que ses partisans étaient décapités à la hache, mais tous ont joué haro sur Mugabe, pourfendeur de la liberté de la presse. Si cette attitude n’est pas un traitement de l’information partisan, engagé et volontairement mensonger, cela y ressemble beaucoup ou alors les mots n’ont plus de sens.
 
Quel bilan tirez-vous de la gestion du pays par Robert Mugabe, 89 ans, qui vient de se faire réélire pour la 5e fois après 33 ans de pouvoir? Notamment de la réforme agraire, aux résultats souvent présentés comme catastrophique par Libération? Ainsi, dans un pays considéré autrefois comme le grenier à blé de l’Afrique australe, «la faim est en progression»: «un habitant sur quatre des zones rurales» risque «d’avoir besoin d’une aide alimentaire», dixit le Programme alimentaire mondial (PAM).
Vous oubliez dans votre citation que le PAM précise que l'actuelle pénurie est due «à des conditions météo défavorables, à la rareté et au coût élevé des inputs agricoles comme les semences et les engrais, et au prix élevé des céréales dû à la mauvaise récolte de maïs ». Maintenant, si vous me demandez si c’est bien raisonnable de se porter candidat à sa succession à 89 ans, je vous dirai non.
Votre question comporte deux points : le bilan de la gestion du pays par Mugabe et la réforme agraire.
Je n’oserai vous dire que le Zimbabwe va bien ni que son économie et ses secteurs sociaux sont performants. C’est une évidence. Mais là encore, à qui la faute ? Au seul Mugabe ou, pour partie aussi, à la communauté internationale et à ses bras armés que sont la Banque mondiale et le FMI ? Et là encore, les médias ont de solides œillères quand il s’agit de comprendre pourquoi des secteurs comme l’éducation ou la santé sont en ruines. Est-ce que Mugabe s’est levé un beau matin en décrétant de réduire les salaires des fonctionnaires, des enseignants et du personnel soignants de 50%, en décidant de la fin du contrôle des prix des produits de premières nécessité, en mettant fin à la gratuité de certains services sociaux, ou cela lui a-t-il été imposé dès 1992 par un plan d’ajustement structurel concocté par le FMI et la Banque mondiale ? La réponse est dans la question. Pour ce qui est des compressions des dépenses de l’Etat, le Zimbabwe a dû subir dix fois ce que l’Union européenne impose à la Grèce aujourd’hui. Du jour au lendemain, on a décrété la misère pour tous. Alors comment s’étonner que les profs, les médecins ou les infirmières se soient exilés en Afrique du Sud pour y trouver des salaires dignes de leur travail. Rolling Eyes  Rolling Eyes


Le dernier Premier ministre blanc de la Rhodésie (devenu depuis le Zimbabwe), Ian Smith, le 22-9-1998 à Londres. 

C’est même ce plan d’ajustement structurel très dur qui a fait émerger une opposition politique et a donné des ailes au syndicat que dirigeait à l’époque Morgan Tsvangirai, le Congrès zimbabwéen des syndicats (ZCTU). En juin 1993, le prix de la farine de maïs, aliment de base des Zimbabwéens, a augmenté d’un coup de 54%, à la suite de la suppression des subventions sur ce produit imposée par la Banque mondiale et le FMI. En même temps, le prix des transports a été multiplié par deux. Peut-on penser qu’en France, si, du jour au lendemain, la SNCF et la RATP augmentaient de 50% leurs tarifs cela ne provoque pas un mécontentement populaire ?
A cette époque, un rapport de la Banque mondiale portant sur 15 pays africains indiqua que le Zimbabwe était celui qui dépensait le plus pour ces services sociaux : 2,9% de son PIB pour la santé et 8,7% pour l’éducation, alors que la moyenne des autres pays n’était que de 1,2% pour la santé et de 3 % pour l’éducation. Mais le FMI et la Banque mondiale écrivirent noir sur blanc que ces dépenses étaient «anti-économiques et rétrogrades».

Tout ceci pour rappeler que, avant de jeter la pierre à Mugabe, sachons aussi qui a «cogéré» ce pays par instances internationales interposées. Enfin, à propos de la réforme agraire, là encore, il y a beaucoup à dire. Pour les médias, c’est encore Mugabe qui, en 2000, après dix ans d’inertie et mis à mal sur le plan électoral, a décidé de lancer cette réforme en force pour se refaire une popularité dans les campagnes et chez les anciens combattants. Sauf que rien n’est moins faux.
Un peu d’histoire s’impose, même si cela fatigue certains. Après plus de dix ans de guerre de libération, la Grande-Bretagne a mis fin au massacre en imposant à Ian Smith l’acceptation des Accords de Lancaster House en décembre 1979, des accords signés de la main du ministre britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth, Lord Carrington, mais aussi par Ian Smith et Mugabe entre autres.

Que disaient ces accords à propos de la terre ? Ils reconnaissaient le problème de leur détention par les colons blancs, mais interdisait au futur gouvernement zimbabwéen, en l’occurrence celui de Mugabe, de s’approprier ces terres avant dix ans sans octroyer aux colons une compensation financières «au prix du marché et en devises», c’est-à-dire au prix fort.
Comme on savait pertinemment que le futur gouvernement zimbabwéen n’aurait jamais les moyens de racheter ces terres aux colons, la Grande-Bretagne s’était engagée verbalement, par la voix de Lord Carrington en personne, à aider financièrement le Zimbabwe pour ces rachats.
Un : cela n’eut jamais lieu. Ni les gouvernements conservateurs et encore moins ceux travaillistes de Tony Blair ou Gordon Brown n’ont sorti le moindre penny pour aider le gouvernement à racheter ces terres.


Paysanne transportant du maïs sur sa tête à Chivi, à quelque 380 km au sud-est de Harare, le 1-4-2012. 

Deux : pourquoi, au fond, la possession de ces terres était un réel problème si ce n’est le problème majeur du Zimbabwe indépendant ? La réponse vient en quelques données simples à comprendre pour qui veut s’en souvenir.
Avant la réforme agraire de Mugabe, la Rhodésie en a connu d’autres des réformes agraires, et des belles dont plus personne ne parle aujourd’hui : celles des premières années de la colonisation, entre 1890 et 1914, celle du Land Apportionment Act de 1930, et enfin celle adoptée en 1969 après la proclamation de la Rhodésie indépendante qui ficela le paquet-cadeau offert à Mugabe en 1980, le Land Tenure Act. Toutes avec l’assentiment britannique, excepté celle de 1969, mais le gros du remodelage spatial était déjà achevé.
La particularité de ces réformes ? La gloutonnerie des Blancs, la ségrégation territoriale et leur corollaire, une inégalité criarde de la répartition de la richesse. Certains ont appelé cette Rhodésie découpée en morceaux un «joyau». D’autres, comme le géographe français Michel Foucher, soulignèrent que «à la différence des États voisins (Zambie, Malawi), à la différence aussi du Kenya, en Rhodésie du Sud, la totalité du territoire jugé utile et utilisable a été répartie, selon les critères exclusifs de la race et explicites de la ségrégation géographique.»

On parqua les Noirs, au départ, pour éviter les révoltes politiques, puis pour les écarter des terres productives. On déplaça des millions de personnes dans des «native réserves». A l’arrivée, une Rhodésie en trois morceaux : le domaine de l’État, puis les terres riches et fertiles, proches des moyens de transport et des villes, attribuées aux colons blancs, et enfin les terres abandonnées aux paysans noirs, les plus pauvres et les plus éloignées de tout. Mais ceci fut fait dans l’intérêt de tous, pour «réduire les points de contact entre les deux races», écrivit en 1931, une Commission britannique qui se penchait déjà sur le problème de la répartition des terres. En 1970, quand fut voté le Land Tenure Act, on sortit les calculettes : 45 millions d’acres rhodésiennes pour les 5,8 millions Africains, 45 millions d’acres pour les 273.000 Européens blancs. C’est ce qui explique le gigantisme des terres commerciales possédées par les fermiers blancs quand Mugabe a voulu y toucher.
Le vice-ministre de l’Agriculture qu’avait fait nommer Morgan Tsvangirai quand il était Premier ministre en 2009, le Blanc Roy Bennet possédait une plantation de café de 2000 hectares ! Quand Mugabe lança la réforme et entreprit de récupérer ces terres, tout le monde cria au scandale, mais personne ne se demanda comment le gentil Roy Bennet était devenu propriétaire d’une modeste plantation de 2000 hectares. Pour information la taille moyenne des exploitations agricoles en France est de 73 hectares. Cherchez l’erreur.

En novembre 2001, le gouvernement de Mugabe a tenté de saisir près de la moitié des terres que possédait encore la famille Oppenheimer, l’une des plus riches familles d’Afrique du Sud qui contrôle l’Anglo American et le géant minier la De Beers Investments. A l’époque, la famille Oppenheimer possédait 140.000 hectares de terres au Zimbabwe. De quoi donner le tournis aux céréaliers de la Beauce.


Membres de la guérilla contre le régime blanc rhodésien (6-2-1980). 

Ces rappels historiques sont essentiels si l’on veut comprendre la violence d’aujourd’hui. Les milliers de combattants qui ont pris les armes dans les années 70 pour renverser le régime raciste rhodésien ne l’ont pas fait pour les beaux yeux de Mugabe, mais bel et bien parce qu’ils subissaient de plein fouet l’injustice et la ségrégation. Ce sont ces gens qui ont voté et qui votent encore pour Mugabe. Quand on ose écrire que Mugabe «confisque» la terre des Blancs en 2000, c’est insultant : qui a véritablement confisqué la terre en 1888, en 1930 puis en 1970 ?
Dans l’article de Libération dont vous faites état dans votre question, à aucun moment, on ne rappelle comment ces Blancs ont pu entrer en possession de telles surfaces et de telles fortunes. On nous dresse toujours un tableau idyllique de fermiers blancs grâce à qui le Zimbabwe était un merveilleux grenier à blé auquel Mugabe a mis le feu. Moi, je veux bien, mais là encore on oublie les conditions de travail qui ont permis d’arriver à ce grenier à blé, si cher aux journalistes. Travail forcé qui cachait son nom pendant toute la colonisation, c’est-à-dire pendant un siècle.

Dès le départ, les Britanniques ont obligé les Zimbabwéens à travailler sur leurs plantations en instaurant un impôt sur les huttes ! C’est tout ce que les colons de Cecil Rhodes trouvèrent puisque les autochtones ne possédaient rien d’autre sur quoi on aurait pu les imposer. Pour payer cet impôt maudit, des générations et des générations d’Africains ont dû trimer dans les champs pour des salaires de misère. Puis on a adopté une multitude de lois sur le travail, sur les rapports entre patrons et salariés, toutes taillées sur mesure pour asservir encore davantage la main d’œuvre africaine. Voilà qui explique comment monsieur Roy Bennet a pu devenir propriétaire d’une fructueuse plantation de 2000 hectares de tabac.
Puis après l’indépendance, ces lois d’un autre âge ont été abolies, mais les conditions d’exploitation de la main d’œuvre n’ont guère changé. En 2000, quand certains Blancs ont quitté le Zimbabwe pour s’installer dans des pays voisins, l’Agence France Presse est allée enquêter sur ces fermiers qui pour certains s’étaient réinstallés en Zambie. Combien étaient payés les ouvriers agricoles zambiens embauchés par ces anciens fermiers zimbabwéens ? 100.000 kwachas par mois, soit 30 dollars. Pile le seuil minimum de pauvreté fixé à l’époque à un dollar par jour par l’ONU et la Banque mondiale. Pas «joli joli», le grenier à blé quand ouvre un peu les portes pour aller voir comment il s’est forgé.

Une dernière comparaison pour mieux faire comprendre la réalité du Zimbabwe indépendant. Aurait-on pu imaginer que, lors de la signature des Accords d’Evian qui mirent fin à la guerre d’Algérie en mars 1962, de Gaulle impose à Ben Bella que les colons restent sur le territoire algérien en possession de tous leurs biens ? Impensable ! C’est pourtant ce que Londres a imposé au Zimbabwe et à Mugabe, sans jamais les aider par la suite à corriger les inégalités criardes qui en découlèrent.


Le Premier ministre zimbabwéen, Morgan Tsvangirai, à Harare le 3 août 2013. 

Que cette réforme agraire se fit dans la douleur, qu’elle ne fut pas couronnée de succès rapidement, c’est une évidence ; mais encore une fois : à qui la faute ?

Vous êtes très sévère vis-à-vis de l’opposant Morgan Tsvangirai. Vous dites notamment que son parti a été créé de toutes pièces par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et qu’il travaille avec des Blancs qui ont œuvré sous l’ancien régime colonial… N’est-il donc qu’une marionnette?
Vous m’obligez à prendre de nouveau la casquette d’historien. Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai a été créé en septembre 1999 sur une décision du puissant Congrès zimbabwéen des syndicats (ZCTU), qui revendiquait 300 000 adhérents et dont Tsvangirai était le secrétaire général. Personne ne nie cette réalité ni donc l’enracinement zimbabwéen de ce parti. Le MDC comprenait même des militants d’extrême gauche. Mais dès le premier congrès constitutif de ce parti, on vit dans les couloirs Georg Lemke, représentant du Syndicat danois pour le développement international et la coopération. Un mois plus tard, le Danemark posait d’innombrables conditions au Zimbabwe pour lui accorder une aide de 150 millions de dollars.
Quinze jours après le lancement de son parti, en octobre 1999 très exactement, Morgan Tsvangirai s’envola pour une tournée européenne pour y chercher des fonds et ne s’en cacha même pas. Au programme : Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Suède, Finlande et bien sûr la Grande-Bretagne.

Pour parfaire le soutien à ce parti, les Britanniques ont créé en avril 2000, le Zimbabwe Democracy Trust (ZDT). Qui trouve-t-on au directoire de cet organisme charitable ? Trois anciens ministres des Affaires étrangères britanniques, membres du Parti conservateur : Malcolm Rifkind, Douglas Hurd and Geoffrey Howe.
Dès sa création, le ZDT organise une nouvelle visite guidée à Londres et aux Etats-Unis pour Tsvangirai. Et là, les discrets donateurs de cette institution se révèlent : Sir John Collins, président du conseil d’administration du National Power, la puissante société d’énergie britannique qui contrôlait toute l’électricité au Zimbabwe. Sir Malcolm Rifkind, lui aussi légèrement intéressé par le Zimbabwe, puisqu’il travaillait pour la compagnie minière australienne Broken Hill Proprietary (BHP), un géant du secteur minier qui quitta à contre cœur le Zimbabwe en 1999 après des déboires financiers et des investissements de 585 millions de dollars américains dans une mine de platine à Hartley, à 80 km à l’ouest de Harare.

Mais la liste des gentils donateurs n’est pas finie : on trouvait aussi l’ancien secrétaire d’État américain pour les Affaires africaines, Chester Crocker, très soucieux des problèmes humanitaires et de la liberté des Zimbabwéens, et à peine motivé par les intérêts de la compagnie minière Ashanti Gold Fields dont il était un des directeurs associés. Ashanti Gold Fields possède bien évidemment des mines au Zimbabwe. Le cocasse de l’histoire, c’est qu’au moment où Chester Crocker tenait par la main Tsvangirai et lui expliquait sans doute toute la compassion qu’il avait pour le peuple zimbabwéen, les mineurs d’Ashanti Gold Fields à Bindura, dans le nord du Zimbabwe, menaient une grève dure pour obtenir des augmentations de salaires qu’ils n’obtinrent jamais.


Trafiquant zimbabwéen montrant des diamants à Manica (Mozambique), près de la frontière avec le Zimbabwe, le 19-9-2010. 

Autre grand pourvoyeur de fonds pour les ONG du Zimbabwe qui sont accolées au MDC de Tsvangirai, la Westminster Foundation for Democracy, qui est financée quasiment à 100% par le gouvernement britannique. Du jour au lendemain, les ONG zimbabwéennes favorables à l’opposition se sont retrouvées avec des budgets colossaux.
La Westminster Foundation a son pendant aux Etats-Unis, la National Endowment for Democracy (NED). La NED ne fait pas dans le détail : argent, support technique, fournitures en tout genre, programme de formation, savoir-faire pour les médias, assistance en relations publiques, équipements de pointes, le tout attribué généreusement aux formations politiques qu’elle a sélectionnées, à des organisations de la société civile, à des syndicats, à des mouvements dissidents, groupes d’étudiants, éditeurs, journaux et autres médias.

En sachant tout cela, si l’on veut m’expliquer que le MDC est un parti totalement indépendant des puissances étrangères, cela risque d’être long.
Enfin, en ce qui concerne l’autre aspect douteux du MDC, celui des Blancs zimbabwéens qui en sont membres, là encore, le traitement médiatique qui leur est réservé est formidable. On a l’impression que ces gens sont une génération spontanée qui aurait été parachutée sur le Zimbabwe en 1980, sans aucun passé derrière eux.
Deux exemples : Roy Bennet, pauvre planteur de tabac, propriétaire de 2000 hectares expropriés par Mugabe, et qui fut nommé vice-ministre de l’Agriculture par Morgan Tsvangirai. Et David Coltart, lui aussi nommé ministre de l’Education par le MDC, et présenté par tous les médias confondus comme un ardent avocat défenseur des droits de l’Homme, catholique bon teint. David Coltart fut même l’un des rapporteurs de «Briser le silence» dont nous avons parlé précédemment, c’est dire si les questions des droits de l’Homme lui collent à la peau. Mais hélas pour Tsvangirai et hélas pour eux, ces gens-là ont bel et bien un passé qui n’est pas reluisant.

Avant d’être avocat et avant de défendre les droits de l’Homme, David Coltart a eu le temps de les bafouer un peu puisqu’il fut engagé volontaire dans la terrible police politique du régime blanc de Ian Smith, la British South Africa Police (BSAP). Il s’est engagé à 21 ans, en 1975, et n’en est ressorti qu’en 1978. Trois ans dans une police qui tuait, torturait, empoisonnait à l’anthrax pour maintenir en vie un régime raciste mourant.
Les crimes commis par cette police rhodésienne ont été minutieusement recensés par la Commission internationale des juristes de Genève qui publia un rapport sur ses exactions en 1976, un an avant que le jeune Coltart ne s’enrôle. Quand son passé fut connu, David Coltart tenta de faire croire qu’il n’avait jamais rencontré le moindre rebelle quand il était policier, mais le temps aidant, et à l’occasion d’une violente querelle avec son ancien ami Roy Bennet, il admit que cette police commit des crimes odieux. Roy Bennet, lui, est entré dans la BSAP en 1973 à 17 ans pour ne la quitter qu’en juillet 1978.


Anciens combattants de la guerre d'indépendance lors d'une manifestation de soutien au président Robert Mugabe à Harare, le 29-8-2007. Sur l'affiche verte, on peut lire: «A bas les impérialistes occidentaux !» © Reuters - Philimon Bulawayo

Mais comme par miracle, ces gens-là n’ont aucun passé pour les médias. Roy Bennet n’est qu’un pauvre planteur de tabac que l’on a spolié et Coltart, un ardent défenseur des droits de l’Homme. Si les médias occidentaux ne veulent pas connaître le passé de certains, les Zimbabwéens eux, le connaissent bien, et cela explique aussi à mon avis pourquoi le MDC est violemment rejeté par une grande partie de la population qui a encore en mémoire ce qu’elle a eu à subir de l’armée et de la police du temps de Ian Smith. N’oublions pas que la majorité des anciens combattants sont encore en vie."

Mugabe, Robert Gabriel, «Souillure» or not «Souillure», René-Jacques Lique, L’Harmattan, 2009

"«L’opposition zimbabwéenne a un art certain pour recenser ce qui n’est pas comptabilisable»
° http://www.rfi.fr/afrique/20130812-rene-jacques-lique-zimbabwe-mugabe-tsvangirai-presidentielle-mdc-zanu-pf
Publié le 12-08-2013 Modifié le 12-08-2013 à 13:22
Aux lendemains des élections présidentielle et législatives controversées qui viennent de se dérouler au Zimbabwe et en attendant le verdict sur le recours déposé contre les résultats de la présidentielle, RFI a interrogé René-Jacques Lique, spécialiste de l'Afrique australe. Pour cet ancien journaliste de l'AFP et auteur d'une biographie de Mugabe, les jugements que portent les médias et les commentateurs occidentaux sur les trente-trois années de règne du président zimbabwéen, sont pour le moins hâtifs et peu objectifs.
[...]
Quel bilan faites-vous des années Mugabe ?

Ni tout noir, ni tout blanc. Ce régime, dès le départ, a vécu sur une formidable duperie, les Accords de Lancaster House, qui ont certes légalisé les partis politiques qui avaient lutté pour l’indépendance, la Zanu-PF de Mugabe et la Zapu de Joshua Nkomo, mais des Accords qui ont aussi figé pour dix ans ce pays dans une situation cruellement inégalitaire.
Les Blancs ont eu le droit de conserver un quota de 20 députés. Pourquoi ? Les Blancs ont eu le droit de conserver les terres qu’ils avaient pillées et volées aux populations autochtones dès 1888 quand Cecil Rhodes a posé un pied au Zimbabwe. Pourquoi ? Le gouvernement zimbabwéen, selon ces Accords, ne pouvait récupérer ces terres qu’en les rachetant aux colons au prix du marché, c’est-à-dire au prix fort. Pire, malgré toutes les promesses qui ont été faites, Mugabe n’a jamais vu la couleur du moindre penny pour financer le rachat de ces terres. Et quand il a décidé que la récupération se ferait en force faute d’argent, on a parlé de « vols », de « pillages », de « spoliation » et de « confiscation ». Oublié, le siècle de colonisation qui, lui, a véritablement permis aux Blancs de piller ce pays.
Malgré ce problème fondamental de la possession de la terre, la Zanu-PF a développé de manière conséquente ses secteurs sociaux, comme l’école, la santé, les transports.
Mais le deuxième malheur du Zimbabwe a alors été l’intervention de la Banque mondiale et du FMI dans les années 1990 qui ont fait subir à ce pays dix fois ce que l’Union européenne est en train de faire subir à la Grèce. On s’est gaussé de la fuite en Afrique du Sud des médecins et des enseignants, mais qui a obligé le gouvernement à réduire leurs salaires de manière drastique ? Qui a décidé de mettre fin à la gratuité des services de santé ? Qui a imposé une augmentation de 50% des tarifs de transports ferroviaires ? Le FMI et la Banque mondiale.
Tout ceci pour dire que si certains secteurs socio-économiques du Zimbabwe sont tombés en ruines, Mugabe et la Zanu-PF n’en sont pas les seuls responsables. Il faut réécouter les cris d’orfraie de Tsvangirai quand Mugabe appliquait l’ajustement structurel. Si maintenant vous me parlez de l’opération Murambatsvina qui s’est soldée par la démolition de milliers de bidonvilles en 2005, laissant 700 000 personnes sur le carreau, je vous dirai que ce fut une catastrophe.
[...]"




Compatriotiquement!



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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  Troll le 15/2/2016, 8:38 pm

Smile Mbuta Ndozwau

Il ya une question qu´on se pose toujours en observant ce qui se passe au Zimbabwe... Pourquoi ces "généraux" ex combattants de la guerre de l´indépendance..qui certains sont assez "riches" n´ont jamais fait des investissements sur les terres que Mugabe leur a offert "gratuitement"?

Helas, le DANGER au Congo n´est pas ecarté..Il suffit de discuter avec les gens d´Apareco..qui sont plus "nationalistes" et accusent tous ceux qui parlent de faire venir des capitaux, des technologies et des étrangers au Congo de vouloir vendre le pays

Dommage pour Mugabe, il prend conscience de son echec vers la fin de sa vie Sad Sad et n´aura pas assez du temps pour "reparer" cette bourde*

¤ 4 dollars $


Les ouvriers Agricoles gagnent "4 $" par jour..Donc, en 5 jours de travail ils ont 20 $..en 4 semaines 80 $..un salaire qui depasse celui de mon frère policier au Congo ! Surprised Surprised

Mieux? Les fermiers "Blancs" couvrent l´aspect social de leurs travailleurs en assurant les soins de santé Surprised Shocked là où le "socialisme" de Mugabe a fait faillite! Razz

Ceux qui nous casse les oreilles sur cette page avec le "panafricanisme" Embarassed Embarassed ont beaucoups á apprendre Twisted Evil

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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 17/2/2016, 3:47 pm

"REPORTAGE AFRIQUE
Zimbabwe: les années fastes (volet 2)

° http://www.rfi.fr/emission/20160216-zimbabwe-heritage-mugabe-annees-fastes
° file:///C:/Documents%20and%20Settings/No%C3%ABl/Mes%20documents/Downloads/REP_AFRIK_16_02_Zimbabwe_Volet_2_les_annees_fastes_%20(5).mp3
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/modules/actu/201602/REP_AFRIK_16_02_Zimbabwe_Volet_2_les_annees_fastes_.mp3

 
Le président du Zimbabwe Robert Mugabe fête son 92e anniversaire, dimanche 21 février 2016 

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe de Robert Mugabe, qui célèbre son 92e anniversaire dimanche prochain. Le pays subit de plein fouet les conséquences de la sécheresse en Afrique australe. Il doit importer des centaines de milliers de tonnes de maïs, alors que les caisses de l'Etat sont presque vides. Les autorités peinent à rémunérer les fonctionnaires. Le pays s'est progressivement désindustrialisé au cours des deux dernières décennies et les infrastructures sont délabrées. La loi dite d'«indigénisation» fait fuir les investisseurs. Tel est le sombre bilan de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 36 ans. Mais ses quinze premières années aux commandes du pays en revanche ont été jalonnées de succès : si le pays n'a pas totalement sombré dans le chaos, c'est grâce à l'héritage de ces années fastes."



"[Reportage] Robert Mugabe: les raisons d'un naufrage
° http://www.rfi.fr/afrique/20160216-reportage-zimbabwe-robert-mugabe-bascule-independance-exclusif


© Getty Images[/ltr]

Les premiers pas de Robert Mugabe ont été presque unanimement salués après l’indépendance du pays en 1980, à l’intérieur du pays, mais aussi dans les chancelleries occidentales. Il a œuvré pour la réconciliation avec les anciens colons, investi massivement dans l’éducation, la santé et l’agriculture. La reine d’Angleterre l’a même nommé Commandant de l’ordre de Bath en 1994. Une série d’événements ont alors conduit l’homme bienveillant à cultiver, à prendre les habits d’un autocrate. Des experts remontent aussi à son enfance et se penchent sur son profil psychologique pour comprendre pourquoi Mugabe a basculé.


De notre envoyé spécial à Harare,
Robert Mugabe nomme deux ministres blancs à l’indépendance en 1980. Denis Norman est l’un d’eux, d’abord au ministère clé de l’Agriculture, puis aux Transports et à l’énergie. Il sillonne le pays et même le monde avec le chef d’Etat durant la période faste de son règne, jusqu’en 1993. Dix ans plus tard, l’économie du Zimbabwe est en ruine, les enfants de Norman se sont exilés, et sa ferme est souvent vandalisée.


Denis Norman, ancien ministre de l'Agriculture de Robert Mugabe. © Nicolas Champeaux/RFI

Norman, qui avait travaillé en bonne intelligence avec Mugabe, demande à être reçu en audience pour présenter ses adieux. « Mais non, vous ne pouvez pas partir, qu’allez-vous faire ? »,  lui demande le président. Norman lui répond par une question : « Quand est-ce que tout a basculé ? » Surpris, il finit par lâcher : « C’est vrai que ça pourrait aller mieux », avant de se lancer dans une diatribe contre Tony Blair et le régime de sanctions de l’Union européenne. Norman repart à la charge. « Vous avez été directeur d’école. Les directeurs d’école ne doivent pas rester plus de dix ans à leur poste, il faut laisser la place à de nouvelles idées, avec le temps on perd en fraîcheur ! » « Je ne vous laisserais pas me donner des leçons sur ce terrain, lui répond sèchement son hôte avant d’ajouter, les politiciens n’abandonnent pas, ils restent à jamais ».

Mugabe et le déni permanent

La journaliste Heidi Holland, née en Afrique du Sud, a dressé un brillant portrait psychologique du président zimbabwéen dans son livre Dinner with Mugabe paru en 2007. Il ressort de son enquête, que la mère de Mugabe et les missionnaires blancs chargés de son éducation n’ont eu de cesse de vanter les promesses de cet enfant prodige, qui loin du chahut, consacrait toutes ses récréations à la lecture. L’auteur, décédée en 2011, avance que Mugabe a sans doute eu très jeune le sentiment d’être destiné à occuper les plus hautes fonctions. C’est peut-être en partie pourquoi Mugabe, personnage indéniablement cultivé et dans un premier temps bienveillant, a tenu à rester au pouvoir coûte que coûte.
Si son enfance n’explique pas tout, sa faculté à refuser la réalité est manifeste. En 2004, il a décliné l’aide du Programme alimentaire mondial. « Que le PAM vienne au secours de pays qui ont vraiment besoin de lui, nous, nous n’avons pas faim ! Pourquoi nous forcer à accepter cette nourriture ? Nous allons nous étouffer », avait-il soutenu, bravache, au journaliste Stuart Remsey sur la chaîne britannique Sky, citant des projections de production agricole totalement fantaisistes. Contrairement à plusieurs de leurs voisins d’Afrique australe, les autorités de Harare ont attendu le mois de février pour admettre qu’elles faisaient face à un désastre humanitaire, alors que le Zimbabwe traverse l’une des plus graves sécheresses que le pays ait connues en 25 ans. Pour Tendai Biti, avocat, politicien et ex-ministre des Finances du gouvernement d’union, Robert Mugabe est dans un déni permanent. « Il refuse d’admettre son âge, il refuse de voir la cacophonie et le désordre au sein de son propre parti, il refuse d’admettre qu’il détruit le Zimbabwe depuis 36 ans », charge l’opposant.
Un diplomate occidental explique plus sobrement que « Mugabe n’hésite pas une seconde à sacrifier le bien-être du peuple et du pays au nom de l’idéologie révolutionnaire et anti-impérialiste ».

« Mugabe est resté bloqué au stade de la lutte pour la libération »


C'est la bataille pour le contrôle total du Zimbabwe par les Zimbabwéens, un slogan de Robert Mugabe. © AFP

La réforme agraire lancée en 2000 a consisté à autoriser des groupes de vrais et faux vétérans de la guerre de libération à prendre possession des fermes des Blancs du pays, sans autre forme de planification. Elle figure sans conteste dans la catégorie des politiques fidèles à la ligne idéologique dure du parti Zanu-PF au pouvoir. On peut aussi y ranger la politique dite d’indigénisation. Elle consiste à réclamer 51% des actions aux entreprises non indigènes. « C’est un frein majeur à l’investissement dans le pays », se désole l’économiste John Robertson.
« Il y a au Zimbabwe une certaine obstination à mettre en œuvre des pratiques universellement reconnues comme menant à des résultats désastreux », explique, laconique, un diplomate. Le problème de Mugabe est qu’il est toujours bloqué dans la lutte pour la libération du pays, avance le militant pour la défense des droits de l’homme John Stewart. « Il est plus que temps de passer de l’idéologie anti-colonialiste à une politique qui sert les intérêts des travailleurs et des industriels aujourd’hui ».

Plusieurs événements ont conduit Mugabe à abandonner les politiques non raciales et efficaces déroulées durant les quinze premières années de ses nombreux mandats. L’essentiel de ses réformes depuis 20 ans est dominé par une soif de revanche non dissimulée sur les Blancs. Par Blancs, il faut entendre les Blancs du Zimbabwe, les ressortissants de l’ancienne colonie, et les Occidentaux au sens large, « Mugabe a fini par mettre tout le monde dans le même panier, soupire l’ancien ministre Denis Norman. Il estime que les électeurs blancs lui ont porté injustement des coups, alors qu’il avait été particulièrement généreux à leur égard au cours de son premier mandat », se souvient Norman.
Les accords de Lancaster de 1979 prévoyaient dans un premier temps que vingt députés de la Chambre basse soient désignés par des électeurs blancs. Lors des élections de 1985, les voix des Blancs se sont toutes portées vers le parti politique de l’ancien dirigeant raciste Ian Smith. « Mugabe l’a très mal vécu », raconte Norman, 85 ans. « Il m’a dit dans une lettre qu’il n’avait d’autre choix que de me congédier. Il m’a dit : les électeurs blancs agissent selon des critères raciaux, ils ne veulent pas admettre que j’ai fait du bon travail et que vous avez fait du bon travail, donc je vais faire la même chose, et à votre place, ils auront un ministre noir ».

Sur le plan économique, le Zimbabwe a affronté ses premières difficultés vers le milieu des années 1990. Robert Mugabe a consenti aux mesures impopulaires encouragées par la Banque mondiale et le FMI. Le chômage gagne du terrain, les prix augmentent, et des Zimbabwéens protestent dans les rues de la capitale Harare. Les électeurs ont ensuite rejeté le référendum constitutionnel en 2000. C’est dans ce contexte défavorable pour le parti au pouvoir que les agriculteurs blancs ont ouvertement financé le nouveau parti d’opposition MDC. C’était un nouvel acte de défiance des Blancs. Avec le recul, le syndicat des agriculteurs commerciaux blancs, CFU, reconnaît que c’était commettre une énorme erreur. La réforme agraire de Mugabe a conduit le Zimbabwe à la déroute. L’agriculture était le premier employeur du pays, et 60% des activités industrielles étaient liés au secteur.
Entretemps, le New Labour avait chassé les conservateurs du pouvoir en Grande-Bretagne, et la ministre déléguée au Développement, l’impétueuse Clare Short, a signifié sans détour à Mugabe que le nouveau gouvernement ne se sentait pas lié par les promesses des conservateurs pour financer la réforme agraire du Zimbabwe. Mugabe a vécu la missive de Clare Short, comme une trahison. Le soutien et le respect de Downing Street et de la couronne comptaient beaucoup aux yeux de ce président sensible aux marques de reconnaissance. Mugabe, avec l’accord tacite de ses pairs africains, n’a cessé depuis de défier la communauté internationale.
Il n’a pas non plus épargné ses rivaux noirs. Entre 1983 et 1987, il est accusé d’avoir fait massacrer vingt mille personnes dans le Matabeleland, le fief de Joshua Nkomo, son rival au sein du mouvement de libération. Les milices de jeunes de son parti et les services de sécurité à sa solde ont également tué deux cents partisans de l’opposition et faits plusieurs milliers de blessés durant l’entre-deux tours de la présidentielle en 2008.


La première épouse de Robert Mugabe, Sally, réputée bonne conseillère et appréciée des Zimbabwéens, est décédée en janvier 1992. © RFI/Nicolas Champeaux

En 1992, la mort de Sally Mugabe, membre de l’élite intellectuelle ghanéenne et première épouse du président, a sans doute joué un rôle dans son égarement. « Sa mort a privé Mugabe d’une très bonne conseillère », assure Daphné Kanoti, une vétéran de la guerre de libération qui a vécu trois années avec le couple Mugabe à Maputo avant l’indépendance. Mugabe a ensuite épousé l’une de ses dactylographes, Grace Mugabe, de quarante ans sa cadette. Elle s’est vu octroyer plusieurs fermes très rentables, elle a reçu un diplôme de doctorante dans des conditions très contestées, et vient d’être propulsée au Politburo de la Zanu-PF. Surnommée Disgrâce, en raison notamment de ses penchants pour les chaussures de luxe, la première dame est détestée des Zimbabwéens. « Cette jeune femme veut continuer à être la première dame du pays, et à être une globetrotteuse. C’est Grace et tous les gens corrompus qui profitent du système Mugabe qui l’encouragent à rester au pouvoir », affirme Kanoti.
Tous ceux qui ont connu Mugabe disent de lui qu’il est solitaire, qu’il n’a pas de conseiller ni de confident. Un sentiment que partage le militant John Stewart. « Mugabe est une personnalité froide qui a une capacité mentale remarquable, mais il n’a pas d’amis. Il a une réelle capacité pour contrôler et non pour connecter »."

A suivre...


Compatriotiquement!



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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 17/2/2016, 4:14 pm

"REPORTAGE AFRIQUE
[Reportage] Zimbabwe: la rupture (volet 3)

° http://www.rfi.fr/emission/20160217-zimbabwe-rupture-volet-3-blair-bascule-
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/modules/actu/201602/REP_AFRIK_17_02_ZIMBABWE_volet_3_La_bascule.mp3
° file:///C:/Documents%20and%20Settings/No%C3%ABl/Mes%20documents/Downloads/REP_AFRIK_17_02_ZIMBABWE_volet_3_La_bascule.mp3

 
Robert Mugabe a fait plusieurs annoncent politiques lors de son discours donné à l'occasion de sa fête d'anniversaire, le 28 février. 

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe de Robert Mugabe, qui célèbre son 92e anniversaire dimanche prochain. Le pays subit de plein fouet les conséquences de la sécheresse en Afrique australe. Confronté au chômage, à l'augmentation des prix des denrées essentielles et à la grogne populaire dans les années 90, Robert Mugabe cède aux mesures drastiques du FMI et de la Banque mondiale. Et Tony Blair, arrivé au pouvoir en 1997 à Londres, annonce « qu'il ne financera plus ses réformes agraires »... C'est le début de la bascule..."



"[Reportage] Zimbabwe: Mugabe et les Anglais, un amour aigre-doux
° http://www.rfi.fr/afrique/20160215-reportage-zimbabwe-mugabe-britanniques-folie-angleterre


A gauche, la reine Elisabeth II, à droite, Robert Mugabe.
© AFP/Johnny Eggitt



Robert Mugabe éprouve des sentiments aigres-doux vis-à-vis de l’ancienne colonie. Il affiche une réelle haine des Anglais qu’il rend responsables de tous les maux de son pays. Ses décisions et son comportement à travers les décennies témoignent néanmoins d’une réelle admiration pour la couronne et les conservateurs de la perfide Albion.


De notre envoyé spécial à Harare,
Doc Vikela est un jeune comique zimbabwéen âgé de 23 ans. T-shirt rouge et le regard forcément impertinent, il scrute chaque intervention télévisée de Robert Mugabe. « Il a un accent britannique très prononcé, son débit aussi est typiquement british. Il a un anglais de gentleman, très formel », assure le comédien tout en imitant les mouvements de tête du vieux président.
Robert Mugabe a été éduqué par des missionnaires catholiques blancs. Il a vécu un demi-siècle dans un pays régi selon les traditions de l’ancien empire. Premier ministre puis président, l’ex-révolutionnaire maoïste porte souvent des tailleurs de « Savile Row », les plus chics de Londres. La pochette est assortie à la cravate, rien de flamboyant, mais il est immanquablement élégant.
Il parraine encore la Zimbabwe Cricket Union, sport par excellence des ex-colons, et sa première voiture était une Triumph. « Il affirme mépriser les Anglais mais c’est un hypocrite, il est très british. C’est un gentleman, il est victorien dans ses manières. Il est imperturbable et ne hausse jamais le ton, c’est le plus colonisé de tous », confirme Tendai Biti.

Cet avocat et ex-membre du parti d’opposition MDC a collaboré de 2009 à 2013 avec Mugabe en tant que ministre des Finances du gouvernement d’union. Biti note aussi que les institutions du Zimbabwe portent encore les marques de l’ancienne colonie : « Le département du Trésor au Zimbabwe est totalement imprégné de la culture britannique. Au Zimbabwe, on peut aisément détourner des fonds lors d’appels d’offres truqués, en revanche pour se faire octroyer le moindre stylo, il faut remplir plusieurs formulaires ! C’est un système très conservateur. Au palais, les juges portent encore des perruques, et l’on dit encore "my Lord" ou "my Lady" aux magistrats du siège ! Quand j’étais jeune socialiste, je trouvais cela ridicule, mais aujourd’hui je trouve cet héritage plutôt positif, car cela apporte de la discipline. »

Une réelle admiration pour les conservateurs et la monarchie

Denis Norman, ancien président de l’Union des agriculteurs commerciaux blancs, a été nommé ministre de l’Agriculture à l’indépendance en 1980. Il se rappelle que Mugabe avait grand plaisir à recevoir la famille royale : « C’était un fervent soutien de la monarchie et de l’aristocratie en général. Nous les avons tous reçus ! La Reine et le duc sont venus, le prince Charles est venu deux, peut-être même trois fois, la princesse Anne est venue, le duc de York est venu, le prince Edouard est venu. Ils ont tous été très bien reçus par Robert Mugabe, il organisait des banquets en leur honneur, il aimait ces visites, ils étaient ses invités. »


Robert Mugabe, alors Premier ministre du tout nouveau Zimbabwe (ex-Rhodésie), remet une médaille de l'indépendance au prince Charles en avril 1980. © AFP

En 2005, lors des funérailles de Jean Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome, Robert Mugabe s’était faufilé entre les chefs d’Etat pour serrer la main du prince Charles, surpris et quelque peu gêné. Pour cause, Mugabe était déjà très controversé. Les violentes expulsions de fermiers blancs faisaient les titres de la presse anglaise.

L’arrivée de Tony Blair et la fin de la lune de miel

On retrouve pourtant deux constantes dans les discours du président au cours des deux dernières décennies. Ses allocutions durent aussi longtemps qu’une partie de croquet disputée. Elles comprennent aussi systématiquement un long chapitre sur les méfaits des impérialismes anglais et américains. Homophobe assumé, Mugabe a souvent raillé « le gang de gays qui travaille pour l’ancien Premier ministre Tony Blair ».
« Cette relation amour-haine n’avait rien à voir avec la famille royale en soit », tempère Denis Norman. Il poursuit : « Mugabe était un grand admirateur du parti conservateur en Angleterre, seulement il méprisait le parti travailliste anglais. » Le gouvernement New Labour de Tony Blair a en effet déclenché l’ire de Mugabe à son arrivée au pouvoir en 1997 lorsqu’il lui a sèchement signifié qu’il allait recevoir moins de livres sterling du « 10 Downing Street » pour financer la réforme agraire.
Mugabe aussi n’a rien obtenu des travaillistes Jim Callaghan et Harold Wilson durant les années soixante-dix, tandis que les conservateurs sous Thatcher ont pris l’initiative de la conférence de Lancaster de 1979 qui a mené à l’indépendance de l’ex-Rhodésie. Mugabe a même été très contrarié lorsqu’il a appris onze années plus tard la démission de Margareth Thatcher.

Son ministre Denis Norman lui a annoncé la nouvelle à la veille d’un sommet des chefs d’Etat d’Afrique australe au Swaziland. « C’était à l’hôtel, précise Norman, à l’issue d’une réunion de travail entre Mugabe, quelques ministres et des collaborateurs. Tout le monde dans la pièce s’est réjoui, les collaborateurs ont crié de joie. Mugabe, lui, a attendu, impassible, que le calme revienne, avant de demander à ses collaborateurs : pouvez- vous m’expliquer ce qui vous fait tant plaisir au juste ? Et bien, c’est la dame de fer, elle est partie, a tenté l’un d’eux. » Il poursuit : « Mais qui nous a accordé l’indépendance, a demandé Mugabe. Sans Margareth Thatcher vous ne seriez pas autour de cette table. Sa démission est la plus triste nouvelle que j’ai entendue depuis longtemps. Je m’en vais de ce pas lui écrire une lettre et la féliciter pour tout ce qu’elle a fait pour nous. »


Denis Norman, ancien ministre de l'Agriculture (g) et Robert Mugabe à Londres en 1991. © Collection privée Norman

Mugabe estime avoir été depuis trahi par les Anglais, et pas seulement par Tony Blair. La Reine Elisabeth lui a retiré sa distinction de chevalier de l’ordre de Bath, en 2014, ce qui a sans doute blessé un président, sensible à la reconnaissance selon son entourage. Mugabe cherche donc à se venger, mais ses moyens sont limités. Le coût des visas pour les citoyens britanniques s’élève désormais à 55 dollars, contre 30 dollars seulement pour les Européens continentaux. Dans une interview télévisée en 2014, Mugabe a affirmé que l’Angleterre s’était égarée : «  Où est passée la sagesse ? Disparue. L’idéologie ? Partie elle aussi ! Et tous ces gens avec leurs habitudes de gays ? Honte sur eux ! Il n’y a plus de valeurs, j’ai pitié pour la Reine, la seule que j’admire, elle doit être désolée. » Il a conclu cette saillie par cette phrase désormais célèbre : « The British, they’ve gone to the dogs » ; une expression désuète typiquement anglaise, qui désigne le laisser-aller des hommes lors des courses de lévriers."

A suivre...


Compatriotiquement!



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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 17/2/2016, 5:07 pm

"REPORTAGE AFRIQUE
Zimbabwe: Mugabe et les Britanniques, à la folie pas du tout

° http://www.rfi.fr/emission/20160215-zimbabwe-mugabe-britanniques-folie-pas-tout
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/modules/actu/201602/REP_AFRIK_15_02_ZIMBABWE_Volet_1_6_Mugabe_et_les_Britanniques_a_la_2_14_2016-22.mp3
° file:///C:/Documents%20and%20Settings/No%C3%ABl/Mes%20documents/Downloads/REP_AFRIK_15_02_ZIMBABWE_Volet_1_6_Mugabe_et_les_Britanniques_a_la_2_14_2016-22%20(1).mp3

 
Robert Mugabe, alors Premier ministre du tout nouveau Zimbabwe (ex-Rhodésie), remet une médaille de l'indépendance au Prince Charles en avril 1980. 

Toute la semaine nous nous intéressons au Zimbabwe de Robert Mugabe, le plus vieux président en exercice du monde qui célèbre son 92e anniversaire dimanche prochain. Robert Mugabe éprouve des sentiments parfois antagonistes vis-à-vis de l’ancien colonisateur. S'il affiche une réelle haine des Britanniques qu’il rend responsables de tous les maux de son pays, ses décisions et son comportement à travers les décennies témoignent pourtant d’une réelle admiration pour la Couronne et les conservateurs de la perfide Albion. Reportage à Harare."



"GRAND REPORTAGE
Zimbabwe: portrait de Robert Mugabe

° http://www.rfi.fr/emission/20150611-zimbabwe-portrait-mugabe-union-africaine-sadc
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/magazines/r185/grand_reportage_20150611.mp3

 
Le président du Zimbabwe Robert Mugabe, 91 ans, lors de sa première visite depuis 20 ans en Afrique du Sud, le 8 avril 2015.

Le Sommet de l’Union africaine se tient, en ce moment même, à Johannesburg en Afrique du Sud. A la tête de l’Union africaine depuis le début de l’année, le président zimbabwéen Robert Mugabe. Chef d’Etat controversé pour ses propos provocateurs, notamment envers les pays occidentaux. A 91 ans, celui-ci est non seulement président de l’Union africaine, mais également de la Sadc, la Communauté de Développement d'Afrique Australe. 
Portrait d’un homme qui a apporté l’indépendance à son pays et qui le dirige d’une main de fer depuis 35 ans."



"[Reportage] Les jeunes du Zimbabwe: créatifs, apolitiques et connectés
° http://www.rfi.fr/afrique/20160215-reportage-jeunes-zimbabwe-creatifs-apolitiques-connectes-internet


Au Zimbabwe, la jeunesse trace son chemin loin de la politique et s'invente un avenir grâce aux nouvelles technologies. © Nicolas Champeaux/RFI

Les « born free », ceux nés après l’indépendance du Zimbabwe en 1980, ne sont plus tout jeunes. Ils sont entrés sur le marché du travail il y a plusieurs années. Le locataire du palais présidentiel, Robert Mugabe, n’a pas changé depuis des décennies. Le monde, lui, évolue. Les technologies aussi. Et les jeunes Zimbabwéens s’en emparent avec enthousiasme pour dessiner leur avenir et améliorer leur quotidien. Nicolas Champeaux est allé à la rencontre de plusieurs de ces trentenaires urbains, connectés, et surtout apolitiques.


De notre envoyé spécial,
Attablé seul dans un coin de sa salle à manger, Limbikani Makani échange avec ses deux associés sur hipchat, une application qui permet des échanges instantanés et des conférences vidéos sur le web. L’année dernière a été difficile du point de vue financier, donc le fondateur et président du site internet Techzim a décidé de réduire drastiquement les frais de fonctionnement. Exit la location du bureau, tout le monde travaille de chez soi.
« La fibre optique a été installée à Harare. Il y a aussi de bonnes connexions ADSL, donc on fait nos réunions éditoriales à distance, sur le web. On décide des sujets prioritaires à traiter, et ensuite tout le monde se met au travail. A la fin de la journée, on analyse les performances de nos articles. On ne se voit physiquement qu’à la fin de la semaine, pour faire le point et pour enregistrer ensemble notre Podcast », explique Makani.



© Nicolas Champeaux/RFI[/size]

Un isolement politique qui fait fuir les investisseurs


Rien de plus normal pour l’animateur d’un site consacré à l’actualité des nouvelles technologies. Le chiffre d’affaires de Techzim avoisinait les cent mille dollars il y a deux ans, mais il accuse une baisse qui, coïncidence ou non, a démarré avec la réélection de Robert Mugabe. Depuis 2013, il n’est plus tenu de partager le pouvoir avec une opposition qui avait tenté de faire revenir les bailleurs et les investisseurs. « On souffre de l’isolement politique et économique. Donc les investisseurs sont frileux. Même la diaspora n’a pas assez confiance pour financer une entreprise à la maison, donc si les Zimbabwéens eux-mêmes hésitent, vous imaginez bien qu’il est difficile de convaincre les autres », soupire le fondateur de start-up, son ordinateur portable posé sur une table en bois vintage années 1950.
Pourtant, Makani, membre de la première promotion de YALI, programme du président Barack Obama réservé aux jeunes dirigeants prometteurs africains, est résolument optimiste, d’abord parce que de plus en plus de Zimbabwéens profitent des opportunités offertes par la révolution digitale. « Le site Techzim a de beaux jours devant lui parce que de plus en plus de jeunes ménages s’intéressent à la façon dont les applications peuvent faciliter leur quotidien. Eco Cash est un opérateur de services de paiement qui s’est inspiré de Mpesa au Kenya, et qui suscite un fort engouement, et des entreprises zimbabwéennes en profitent pour y adosser des activités de e-commerce. Les annonces en ligne aussi fonctionnent très bien. Les 15-35 ans veulent avoir en main leur téléphone, et télécharger du contenu, de la musique ou des émissions de radio. Ils vont s’intéresser aux applications qui peuvent faciliter leur vie et leur permettre d’être mieux connectés avec les autres, trouver comment avoir internet gratuitement, mieux utiliser Linkedln et Snapchat. Ils vont aussi s’intéresser à des contenus sur le football, le divertissement, sur toutes les passions qu’ils ont en commun avec leurs amis et qu’ils peuvent partager sur les réseaux sociaux. Ils ne s’intéressent pas trop à la politique ».


[size=11]Limbikani Makani, fondateur du site Techzim. © Nicolas Champeaux/RFI

L’installation de la fibre optique peut paraître surprenante dans un pays où l’éclairage public a disparu, où le ramassage des ordures est aléatoire et où les routes sont perforées de nids de poule. Mais Limbikani Makani, jeune papa, estime que le tableau du Zimbabwe est moins noir qu’il n’y paraît.
« Le vieil homme est vraiment vieux, explique Makani en référence à Mugabe. Si la classe politique qui prend le relais demain donne une image plus positive du pays, et propose les politiques économiques dont le pays a besoin, je pense que l’économie pourrait vite rebondir et que le Zimbabwe, très vite, redeviendra une terre d’investissements.», espère l’entrepreneur originaire de Gweru, troisième plus grande ville du pays et capitale des Midlands, au sud-ouest de Harare. Makani, qui est fils de journaliste, vient même de lancer un nouveau site, Newsvyb, qui a pour slogan « l’actualité locale à partager ». Il suit ainsi les pas de Pete Cashmore, fondateur du géant américain Mashable, qui à l’origine, animait lui aussi un blog destiné aux « technos ». Newsvyb reste très à l’écart de la politique.
Quand les gens se réveillent le matin, ils ne se disent pas : « J’espère que tel politicien va faire telle déclaration, ou que telle faction va prendre telle décision. Ils se demandent si leur bus sera à l’heure, s’il y aura des coupures d’électricité, ils veulent se renseigner sur les bonnes écoles pour leurs enfants, et nous on couvre tout cela, on laisse la politique aux autres médias qui couvrent ces sujets politiques depuis longtemps. »

Insuffler le changer par les affaires

Takunda Chingonzo, 23 ans, partage cette approche. Le fondateur de Neolab technology, sa troisième start-up, faisait parti du Parlement des jeunes quand il était lycéen. Il en garde une bonne expérience, mais il en a conclu que les hommes d’affaires étaient mieux placés que les politiques pour insuffler des changements. « On ne peut pas s’attendre à ce que le gouvernement invente les solutions digitales à notre place. Cela doit venir de nous. Nous devons trouver la solution, dire au gouvernement : "regardez, adoptez cette solution, adoptez-la, ou cautionnez-la, mais au moins, laissez-la se développer au lieu de chercher à l’empêcher de grandir." »
Cheveux courts et survêtement, Takunda déplore l’environnement très restrictif au Zimbabwe : « Il faut attendre des mois pour avoir le droit de créer une entreprise ou ouvrir un compte en banque ! »


Takounda Chingonzo avait déjà fondé trois start-up à l'âge de 23 ans. © Nicolas Champeaux/RFI

Sa rencontre avec Barack Obama lors du sommet USA-Afrique de Washington en août 2014 lui a donné confiance. Lors de cérémonie de clôture de la journée consacrée à l’entreprenariat et au commerce, Obama l’a invité à échanger avec lui sur scène, pendant quarante-cinq minutes, devant un parterre d’une cinquantaine de chefs d’Etat africains. Aucun d’eux n’avait eu le privilège de s’entretenir en tête-à-tête avec le président américain.« J’ai expliqué au président les nombreuses difficultés que rencontrent les entrepreneurs zimbabwéens : la rigidité des procédures, les difficultés à lever des fonds. Le président américain m’a dit qu’une partie de ces difficultés était le lot de tous les entrepreneurs, y compris américains ! Cela me donne du courage pour surmonter les obstacles », explique le patron de Neolab, qui offre des conseils et des solutions numériques à une trentaine de start-up zimbabwéennes.
Pendant trois ans, Takunda Chingonzo a multiplié les démarches pour obtenir une licence de fournisseurs d’accès internet. Il ne l’a jamais obtenue. Du coup il a changé de cap et a fondé une autre société : Sai Sai, qui veut dire « signal » en shona. Sai Sai propose aux fournisseurs une technologie efficace pour améliorer le temps et la qualité des connexions et réduire leur coût. Ce jeune homme issu de la classe moyenne supérieure a réussi, et ce n’est pas seulement grâce à Obama. Comme tant de Zimbabwéens, il a essuyé des déconvenues. Comme tant de Zimbabwéens, il a su se relever et identifier des moyens intelligents pour surmonter des défis. Le président Robert Mugabe, enseignant de formation, a massivement investi dans l’éducation dans les années 1980 et 1990, et il en reste quelque chose. « Les Zimbabwéens sont très résilients, ils ont un très bon niveau d’éducation. Ce qui explique d’ailleurs la forte adoption de l’internet ici. Les opérateurs mobiles ont déroulé la 4G, et les gens sont en ligne ».
« Les gens ne croient plus au mot "changement" »
Doc Vikela, lui aussi, est un jeune connecté. Cet humoriste âgé de trente ans ne fait plus son commerce des politiciens, il les imite rarement. « Ça ne fait plus rire grand monde, les gens en ont marre de la politique », explique-t-il.


L'humoriste Doc Vikela. © Nicolas Champeaux/RFI

En 2008, le parti MDC avait suscité l’espoir lors de sa campagne axée sur le changement et le redressement du Zimbabwe. C’était la première fois que Doc Vikela votait dans un scrutin présidentiel. Les résultats des élections ont été manipulés, les partisans de l’opposition ont été intimidés, battus, torturés, et Morgan Tsvangirai, le candidat de l’opposition, a fini par jeter l’éponge avant le second tour. Sous la pression de la communauté internationale, Mugabe a accepté de signer un accord sur le partage du pouvoir et a formé un gouvernement national inclusif avec son rival. « Ce gouvernement d’union nationale a stabilisé les choses dans un premier temps, mais ensuite la situation s’est de nouveau dégradée, et puis Robert Mugabe a gagné les élections suivantes dès le premier tour et on est revenus à la case départ… Donc les gens ne croient plus au mot "changement" ».
Doc Vikela se moque aussi de la place accordée dans les médias à la bataille pour savoir qui va succéder à Robert Mugabe. « Si on lit la presse, on a l’impression qu’il se passe quelque chose d’énorme au Zimbabwe, avec toutes ces citations chocs des protagonistes qui font les gros titres. Alors que rien ne change dans notre vie à nous. Les temps sont durs. Nous on essaie d’avancer unis avec notre flair artistique. On essaie de bâtir des choses pour nous, pour notre famille, et pour notre pays, et de construire des ponts entre le plus de gens possible. Il y a une nouvelle forme de patriotisme au Zimbabwe, qui n’a plus rien à voir avec la politique ! »


Les «Born free» du Zimbabwe. © Nicolas Champeaux/RFI "


° http://www.rfi.fr/afrique/20150521-zimbabwe-intensification-guerre-succession-mugabe
° http://www.rfi.fr/afrique/20150520-massacre-gukurahundi-documents-accusent-robert-mugabe-zimbabwe-rebellion



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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 18/2/2016, 1:25 pm

"REPORTAGE AFRIQUE
[Reportage] Zimbabwe: Robert Mugabe - Le soutien de voisins bienveillants

° http://www.rfi.fr/emission/20160218-reportage-zimbabwe-robert-mugabe-voisins-bienveillants-volet-4
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/modules/actu/201602/REP-AFRIK_-18_02-_ZIMBABWE_Robert_Mugabe_le_soutien_de_voisins_2_18_2016-3.mp3

 
Le Président du Zimbabwe, Robert Mugabe, lors d'une conférence à Harare, le 17 décembre 2010. 

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe de Robert Mugabe qui célèbre son 92ème anniversaire dimanche 21 février. Au pouvoir depuis 1980, c'est le Président en exercice le plus âgé du monde. De nombreux facteurs expliquent cette extraordinaire longévité. Il a toujours fait preuve d’une grande agilité politique et peut compter sur la loyauté totale de l’appareil sécuritaire et des services de renseignement. Il est aussi accusé d’avoir manipulé les résultats du scrutin présidentiel de 2008. Ses pairs africains aussi l’ont toujours soutenu à travers les décennies."



"[Reportage] Robert Mugabe: paria en Occident, soutenu en Afrique
° http://www.rfi.fr/afrique/20160217-reportage-zimbabwe-robert-mugabe-soutien-voisins-bienveillants-ua


Robert Mugabe entouré du président sud-africain Jacob Zuma (d), de Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de l'Union africaine.© AFP/Mujahid Safodien

Robert Mugabe célèbre son 92e anniversaire dimanche 21 février. C’est le président en exercice le plus âgé du monde. Il est au pouvoir depuis 1980. De nombreux facteurs expliquent cette extraordinaire longévité. Il a toujours fait preuve d’une grande agilité politique, il peut compter sur la loyauté totale de l’appareil sécuritaire et des services de renseignement. Il est aussi accusé d’avoir manipulé les résultats du scrutin présidentiel de 2008. Mais son autre atout est d'avoir toujours bénéficié du soutien de ses pairs africains à travers les décennies.


De notre envoyé spécial à Harare,
Le parti d’opposition MDC au Zimbabwe ne compte pas de figures de la guerre de libération dans ses rangs. Robert Mugabe, lui, a été un héros de la lutte, et cela compte en Afrique australe. « Robert Mugabe était dans la brousse, et il a fait la guerre. C’était dans les années 1970, et les liens entre les leaders d’Afrique australe remontent à cette époque-là », souligne Liesl Louw, journaliste et chercheuse sud-africaine pour l’Institut d’études et de sécurité de Pretoria.


Liesl Louw, chercheuse sud-africaine. © Nicolas Champeaux/RFI

« Mugabe avec d'autres compagnons de lutte est allé s’enfuir en Zambie, avec des gens du Mozambique, de l’Afrique du Sud et de l’Angola. Ils se sont retrouvés en exil ensemble, et il en reste une certaine solidarité », souligne Liesl Louw, qui a observé Mugabe et ses homologues lors de nombreux sommets de l'Union africaine à Addis-Abeba.
Ce soutien des voisins s’est avéré précieux pour le Zimbabwe, pays enclavé. Il a sans doute été capital en 2008, année de crise électorale, économique et sociale. Bruxelles, Washington et Londres n’ont eu de cesse de réclamer le départ de Mugabe. Nelson Mandela avait déploré lui aussi une crise de leadership au Zimbabwe. L’archevêque Desmond Tutu de son côté avait encouragé Mugabe à quitter le pouvoir, mais Thabo Mbeki, alors président de l’Afrique du Sud, a choisi de résister, explique Mark Gevisser, le biographe de Mbeki. « L’Afrique du Sud était en position de forcer Mugabe à quitter le pouvoir, le Zimbabwe dépend de son voisin sud-africain, ne serait-ce que pour son approvisionnement en énergie. Mais Thabo Mbeki a fait le choix délibéré de soutenir Mugabe ». Selon Mark Gevisser, le soutien de Mbeki n’était pas désintéressé. « Géopolitiquement, Thabo Mbeki aspirait à incarner le leadership de l’Afrique. Et Robert Mugabe, du fait de sa séniorité, et peut-être en raison aussi de sa très grande proximité avec le leader frère Kadhafi, était parmi les vieux sages de cette communauté africaine, et Mbeki a décidé d’utiliser le Zimbabwe, pour affirmer et opposer une position africaine contre la position supposée néo-coloniale de la Grande-Bretagne ».

Selon Gevisser, Mbeki a sans doute aussi soutenu Mugabe, car il estimait que l’ANC avait une dette envers le vieux président zimbabwéen. L’ANC, au départ, n’avait pas soutenu Mugabe, un maoïste aligné avec Pékin. Le congrès lui avait préféré un autre combattant pour la libération : l’urbain Joshua Nkomo, aligné, comme l’ANC marxiste léniniste, avec Moscou. Mais c’était jouer le mauvais cheval et Thabo Mbeki alors haut cadre de l’ANC en exil l’a vite compris. « En 1980, les gens de Mugabe et l’ANC étaient ennemis, parce qu’ils étaient dans des camps opposés de la lutte pour la libération, et Thabo Mbeki a été en charge de la réconciliation avec la ZANU-PF qui était désormais au pouvoir, et il a obtenu que l’ANC puisse traverser le Zimbabwe pour des actions de guérilla contre le régime apartheid en Afrique du Sud. Une fois au pouvoir, Mbeki a senti que l’ANC avait une dette envers Mugabe, et que le congrès ne pouvait le décevoir une deuxième fois. »
Robert Mugabe a non seulement obtenu le soutien de ses pairs pour se maintenir au pouvoir, mais ils ont aussi accédé à sa demande, en 2015, pour obtenir la présidence tournante de l’Union africaine, au risque de faire passer l’organisation continentale pour un club de chefs d’Etat vieillissants.

Retrouvez les précédents articles de notre série Zimbabwe Exclusif ici. "


"[Reportage] Zimbabwe: politique contre nourriture
° http://www.rfi.fr/afrique/20160217-reportage-zimbabwe-petrole-vote-nourriture-discrimination-mugabe


© AFP

Le Zimbabwe affronte comme ses voisins d’Afrique australe sa pire sécheresse en vingt-cinq ans. Les deux tiers des ruraux du Zimbabwe sont pauvres et donc particulièrement vulnérables. Selon le gouvernement, qui vient de proclamer un état de désastre humanitaire dans les régions les plus touchées, plus d’un quart de la population est en situation d’insécurité alimentaire. Le pays doit importer des centaines de milliers de tonnes de maïs dans des contrées aussi lointaines que le Mexique, la Russie ou l’Inde. Mais même en période de sécheresse, les autorités distribuent de la nourriture selon des critères politiques.


De notre envoyé spécial à Harare,
Dans les régions les plus affectées par la sécheresse, les trois quart des terres auront un rendement nul cette année. Hendrik Olivier le directeur de la CFU le syndicat des agriculteurs commerciaux, est très pessimiste. « On a déjà des cas de famine, et on perd du bétail, en particulier dans le sud à Masvingo et aussi dans le Matabeleland. Dans le nord, à moins d’avoir des champs irrigués, vous allez avoir une très mauvaise récolte. Donc l’impact se ressent déjà, et les choses vont empirer. »
Même en période de sécheresse, l’aide alimentaire est une arme politique pour le parti au pouvoir Zanu PF. Depuis dix ans le Zimbabwe Peace Project de Jestina Mukoko suit avec attention les distributions de nourriture à travers le pays. « Les gens doivent présenter une carte du parti. On leur demande aussi parfois d’entonner le slogan actuel du parti. Ces slogans changent souvent, donc à moins d’assister régulièrement aux réunions, on ne peut pas savoir. Et nous avons constaté qu’il y a parmi les exclus de ces distributions des personnes qui sont âgées ou d’autres qui souffrent de maladies chroniques. Et parce qu’elles ont voté pour telle personne par le passé, elles ne reçoivent rien, tandis que les autres repartent avec un sac de maïs. Et c’est la raison pour laquelle lors d’élections, des communautés entières votent avec leurs ventres. »
Les sympathisants des partis d’opposition souffrent de cette discrimination. Le Zimbabwe Peace Project signale que les soutiens de l’ex vice-présidente Joyce Mujuru et des autres dissidents du parti au pouvoir subissent désormais cette même discrimination."



"REPORTAGE AFRIQUE
Zimbabwe : quand le régime de Robert Mugabe était (presque) un modèle

° http://www.rfi.fr/emission/20160216-zimbabwe-heritage-mugabe-annees-fastes
° http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/modules/actu/201602/REP_AFRIK_16_02_Zimbabwe_Volet_2_les_annees_fastes_.mp3


Le président du Zimbabwe Robert Mugabe fête son 92e anniversaire, dimanche 21 février 2016

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe de Robert Mugabe, qui célèbre son 92e anniversaire dimanche prochain. Le pays subit de plein fouet les conséquences de la sécheresse en Afrique australe. Il doit importer des centaines de milliers de tonnes de maïs, alors que les caisses de l'Etat sont presque vides. Les autorités peinent à rémunérer les fonctionnaires. Le pays s'est progressivement désindustrialisé au cours des deux dernières décennies et les infrastructures sont délabrées. La loi dite d'«indigénisation» fait fuir les investisseurs. Tel est le sombre bilan de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 36 ans. Mais ses quinze premières années aux commandes du pays en revanche ont été jalonnées de succès : si le pays n'a pas totalement sombré dans le chaos, c'est grâce à l'héritage de ces années fastes."



Compatriotiquement!


# Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul #
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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

Message  ndonzwau le 20/2/2016, 2:49 am

"[Reportage] Zimbabwe: l'ex-vice présidente Joyce Mujuru défie Mugabe
° http://www.rfi.fr/afrique/20160218-reportage-zimbabwe-ex-vice-presidente-joyce-mujuru-defie-mugabe-

© Nicolas Champeaux/RFI

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe, tenu d’une main de fer par Robert Mugabe depuis 36 ans. Il aura 92 ans dimanche. La Zanu-PF l’a désigné comme candidat pour la présidentielle de 2018, mais la bataille pour sa succession fait déjà rage. Elle oppose le vice-président et ancien commandant des armées Emmerson Mnangagwa, et l’épouse de Mugabe, Grace, de quarante ans sa cadette, que les Zimbabwéens détestent. L’ex-vice présidente, Joyce Mujuru, chassée du parti en 2014, a le vent en poupe, elle vient de lancer sa formation « We are people first », nous sommes le peuple d’abord. Elle souhaite former une grande coalition.


De notre envoyé spécial à Harare,
Joyce Mujuru, 60 ans, présente selon son camp, de nombreux atouts. Elle est l’épouse d’une figure de la libération, Solomon Mujuru, ex-chef des armées, décédé dans un incendie mystérieux en 2014. Elle jouit d’un certain capital sympathie en raison de la manière peu élégante dont elle a été chassée du parti en 2014. L’exécutif de la Zanu-PF l’avait accusé de mener un complot pour renverser Mugabe.


Rugare Gumbo, ex combattant pour la libération et ancien ministre, © Nicolas Champeaux/RFI

« Elle est humble, c’est une femme, elle a participé à la lutte pour la libération, et peu de femmes ont été impliquées à son niveau, elle était commandant, je la vois aussi comme une mère, elle n’est pas du genre à fustiger et punir les autres », explique Rugare Gumbo. 
Gumbo, ex-combattant pour la libération et ancien ministre, est, avec Didymus Mutuasa, l’un des poids lourds de son nouveau parti « We are the people first ». Joyce Mujuru a été vice-présidente durant dix années. Saura-t-elle vraiment incarner le renouveau, s’interrogent des diplomates. L’expérience est un avantage, souligne ses équipiers, ne serait-ce que pour déjouer la fraude électorale, dont ils connaissent les ficelles. « On sait bien qu’il y a eu de la triche, on était impliqués, on connaissait le système on savait que les choses n’étaient pas conduites selon les règles, et à présent on va veiller à éviter que cela se reproduise », explique sans broncher Gumbo.
Gumbo ne tenait pas ces propos il y a dix-huit mois quand il était encore porte-parole de la ZANU-PF, mais il estime qu’il n’a pas à présenter d’excuses. « Ah non, je n’ai pas à m’excuser, car je n’ai pas menti, ce n’est pas mon genre, j’ai juste tenu ma langue c’est tout », explique Gumbo avant d’éclater de rire.


Joice Mujuru au côté du président Robert Mugabe avant son éviction, en octobre 2014. © AFP PHOTO/JEKESAI NIJIKIZAMA

Joyce Mujuru souhaite mettre sur pied une grande coalition, des contacts ont été pris avec le patron du MDC, Morgan Tsvangirai, et son ancien numéro deux Tendai Biti. L’ancien ministre des Finances est favorable à une telle alliance. « A chaque fois qu’il y a un changement démocratique, et qu’un mouvement de libération est éconduit, c’était après une scission organique au sein du mouvement de libération, lorsque les dissidents ont fait équipe avec les forces démocratiques, c’est pourquoi Joyce Mujuru et son équipe peuvent jouer un rôle historique au Zimbabwe, et c’est pourquoi ils ne peuvent être ignorés», explique l’avocat, citant le Nigeria, le Sénégal, le Ghana et le Burkina Faso. Les ex-cadres du parti du MDC sont pour la plupart des urbains qui n’ont pas participé au mouvement de libération. L’équipe de Mujuru va devoir se mettre au travail pour lever des fonds, mais elle n’est pas pressée, car son entourage le sait, c’est avec l’argent que débutent les querelles.

Retrouvez les précédents articles de notre série Zimbabwe Exclusif ici."


"[Reportage] Zimbabwe: la galère des démunis
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© Nicolas Champeaux/RFI

Les autorités du Zimbabwe ont peiné à payer les fonctionnaires en décembre. Les rentrées d’argent se tarissent pour l’Etat au fur et à mesure que les entreprises ferment. Les lois d’indigénisation effraient les investisseurs, et quatre-vingt-dix pour cent des actifs travaillent désormais dans l’économie informelle. De plus, la vie est chère dans ce pays qui a adopté le dollar US et où l’argent ne circule pas. Reportage à Glenview et Chitungiwza, deux villes pauvres au sud de la capitale à Harare.


De notre envoyé spécial à Harare,
Impossible de marcher sur les trottoirs de Glenview. Les petites échoppes y poussent comme des champignons. Grace Evelyn, 26 ans, vend du dentifrice, du café des balais, mais le chaland ne vient pas. « On a ouvert il y a six mois quand mon mari qui était maçon a perdu son emploi. Il n’y a plus de travail sur les chantiers, donc plus d’emploi, donc on a ouvert notre étal, la vie est dure, mais on essaie », explique Grace Evelyn, enceinte de quatre mois.

Ambiance de désolation dans les rues


Les échoppes de bric et de broc se multiplient dans le pays pour faire face à la pauvreté. © Nicolas Champeaux/RFI

Forget Mapranga, une veuve de 58 ans, revient d’une journée au marché, deux seaux à la main, le regard dépité. « L’argent ne circule pas assez, les gens n’ont pas d’argent à dépenser, et on est tous là à vendre la même chose, on se fait concurrence », se lamente cette mère de cinq enfants.
Deux rues plus loin, Charles, 55 ans, explique qu’il a été licencié par sa société d’outillage il y a huit ans. Aujourd’hui il fabrique des cadres de porte et de fenêtres dans son petit jardin, mais les autorités sans pitié le harcellent. « La municipalité ne veut pas que je travaille dans mon jardin, elle dit que c’est illégal. Mais je n’ai pas le choix. C’est mon gagne pain, les autorités devraient comprendre, c’est ce qui me permet de survivre ! », se désole Charles d’une voix chevrotante, alors qu’un glaneur pousse péniblement sa charrette remplie d’objets métalliques. Les cris des enfants qui font la course en poussant de vieux pneus usés apportent un peu de gaieté à cette ambiance de désolation, dans un quartier où les ordures forment des monticules au milieu de flaques d’eaux usées.

De nouvelles taxes pour remplir les caisses de l'Etat

Les caisses de l’Etat sont quasiment vides, les autorités tentent donc de taxer certains secteurs de l’économie informelle. L’initiative a été très mal vécue à Chitungwiza, une ville pauvre à quarante cinq minutes au sud de Harare. Les autorités locales ont introduit une taxe mensuelle de cent dollars pour les minibus taxis. Ils ont manifesté en décembre dans la rue pour protester. Les jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, leur ont jeté des pierres. La situation a dégénéré. « La police anti-émeute est intervenue avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes », explique Bright, qui a assisté aux échauffourées. La population a rejoint le mouvement de grogne des mini-bus taxis. « Les policiers corrompus peuvent arrêter les minibus jusqu’à cinq fois sur le trajet Harare et Chitungwiza pour soutirer un billet. A cause d’eux, tout le monde est en retard, et les chauffeurs augmentent leur prix. Ajoutée à la frustration des gens ici, au chômage, la situation à Chitungwiza est une bombe à retardement », alerte Birght, employé de banque. Son ami Blessing, qui mène des enquêtes sociales pour des ONG occidentales, a relevé un nombre grandissant de prostitués à Chitungwiza. « Moi, je bois de la bière, et je vais dans les bars. Les trois quart des clients sont en fait des jeunes filles mineures, qui proposent des passes pour parfois deux dollars. Pendant ce temps, les jeunes se droguent au Bronco, un sirop pour la toux qui contient de la codéine ».
Les deux millions de Zimbabwéens installés en Afrique du Sud envoient moins d’argent aux familles restées au pays car le rand sud-africain a chuté, et puis le prix du maïs augmente du fait de la sécheresse. Les Zimbabwéens démunis attendent une bonne nouvelle qui ne vient pas.


Glenwiew, commune pauvre au sud-ouest de Harare. 
Nicolas Champeaux/RFI




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Compatriotiquement!


# Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul #
# Que faisait Dieu avant la création ? De toute éternité, il préparait d'épouvantables supplices pour celui qui poserait cette question. #

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Re: Le retour des fermiers "blancs" de retour au Zimbabwe !

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