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Les FARDC peuvent recourir à l’outsourcing et au mentoring pour se performer au combat

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Les FARDC peuvent recourir à l’outsourcing et au mentoring pour se performer au combat  Empty Les FARDC peuvent recourir à l’outsourcing et au mentoring pour se performer au combat

Message  GHOST 29/12/2021, 10:49 pm

ATIONS |29 décembre 2021
Cet article a déjà été lu 151 fois !
Réflexion : Les FARDC peuvent recourir à l’outsourcing et au mentoring pour se performer au combat – El Mahoya Kiwonghi
L´histoire des guerres postindépendances en Afrique devrait en principe apporter les éléments de réponse ou de la réflexion sur la réforme des FARDC après l’état de siège.

En effet, quand nous consultons les archives de la CIA (CIA´s Covert Operations in the Congo, 1960-1968 : Insights from Newly Declassified Documents), on apprend que pendant 8 ans, les USA avaient non seulement financé l´ANC mais aussi apportée une supériorité opérationnelle sous forme d´une capacité logistique, une capacité informationnelle et mieux, une force de frappe aérienne (lire l´ouvrage “Instant Force”).

Nous allons nous intéresser ici aux notions de l’outsourcing et de mentoring dans le cadre de la smart defense ou défense intelligente.



Outsourcing
Le terme “outsourcing” désigne le fait pour une entreprise d´externaliser (sous-traiter) certaines de ses activités auprès d´un prestaire de service spécialisé dans le domaine concerné[1]. La création de « the CIA Air Unit in the Congo en 1962 (The Instant Air Force)[2] est l’illustration historique de l´application du concept Outsourcing au Congo quand la CIA avait apporté des avions de combat, des hélicoptères et des avions Hercules C-130 pour combattre les milices et les rébellions congolaises entre 1962 et 1964.

C’est le cas notamment en novembre 1964 à Stanleyville occupée par les rebelles Simbas qui ont pris de plus de 1600 ressortissants étrangers en otage, dont 525 Belges. Le 24 novembre 1964, Stanleyville sera reprise au cours d’une audacieuse opération combinée – aéroportée belgo-américaine – baptisée « Dragon rouge », menée après l’échec d’une tentative de négociation entreprise par le ministre belge des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak. L’opération vit 546 paras – 320 membres du 1er bataillon parachutiste, renforcés notamment par des éléments du 2ème bataillon commando et placés sous les ordres du commandant du régiment para-commando, le colonel Charles Laurent – sauter sur Stanleyville en deux vagues depuis des avions de transport C-130 américains venus de France (Belga News 2014).

Plus proche de nous, l´Angola avait appliqué ce concept en recourant aux services de l´entreprise militaire privée sud-africaine Executive Outcomes afin de vaincre l´UNITA et mettre fin á la longue guerre dans ce pays.

Entre 1980 et 2002, l’Angola a développé la doctrine militaire de « combat performance »[3]. L’Angola est l’un des modèles des pays africains qui a pu réussir la réforme de ses services de sécurité (RSS) en période de guerre ou dans une situation fragile de post-conflit en mettant en place un système de défense efficace et performant. C’est à partir des années 1990 que l’Angola s’est engagé dans la modernisation et l’équipement de son armée. Le départ du gros du contingent cubain de 40.000 hommes, à la suite des accords de paix de Bicesse, avait placé le gouvernement angolais dans une posture difficile lors de la reprise de la guerre par l’UNITA, après les élections présidentielle et législatives contestées d’octobre 1992[4]

C’est alors que le gouvernement angolais a décidé de faire appel à l’assistance des mercenaires de la firme militaire privée sud-africaine Executive Outcomes (EO), pour libérer les installations pétrolières angolaises (Petrangol et Sonangol) de Soyo (extrême nord-ouest de l’Angola) tombées aux mains de la rébellion de l’UNITA[5]. Cet ambitieux programme de modernisation de l’outil militaire angolais était basé sur le concept de « combat performance »[6]. Ce programme a particulièrement mis l’accent sur l’amélioration et le renforcement de la puissance de feu de la composante aérienne des FAA, avec l’acquisition d’un nombre important des avions militaires de tout genre et le déploiement d’un dispositif de défense anti-aérien (DCA), qui ont joué un rôle décisif dans l’écrasement de la rébellion de l’UNITA ou dans l’intervention de l’armée angolaise à Sao Tomé, au Congo-Brazzaville, en RDC et sur d’autres terrains d’opérations militaires, notamment en menant des offensives vers le Sud du pays. Une puissance de feu qui a contraint notamment l’Afrique du Sud à accepter les conditions de son retrait dans le Sud de l’Angola[7].

Mentoring opérationnel
Les FARDC ont grandement besoin du concept « mentoring » appliqué en Afghanistan par l´ISAF. Ils ont besoin de vérifier l´efficacité des théories militaires qu´on leur enseigne directement sur le terrain sous la supervision des formateurs. Il s´agit de refaire l´expérience de l´entreprise militaire privée Executive Outcomes dont l´efficacité sur le terrain est une solide référence en Afrique. L´armée que les congolais souhaitent après l´état de siège doit être une armée formée sur la base de la menace “hybride”, c’est-à-dire mêlant des méthodes conventionnelles et non conventionnelles de combat. Et dans ce cadre, la RDC peut recourir au concept “mentoring opérationnel” impliquant un autre niveau d´interopérabilité avec les forces spéciales des pays comme les Etats-Unis d’Amérique. Cette interopérabilité est un facteur de dissuasion envers tous les pays voisins.

Le concept de « mentoring » a été développé par l’armée américaine en Afghanistan sous la dénomination de « Operational Mentoring and Liaison Teams » (OMLT). Selon l’expert militaire Jean-Jacques Wondo, le mentoring est une approche stratégique selon laquelle les formateurs sont amenés à jouer un rôle beaucoup plus important en accompagnant les militaires du pays hôte à tous les niveaux de formation, d’entrainement et des opérations sur le terrain, depuis le niveau de l’opératif, c’est-à-dire de la conception du plan général de manœuvre, jusqu’au niveau tactique où les batailles sont planifiées et engagées.

En effet, les forces engagées au combat sur le terrain exécutent les manœuvres sur le terrain (tactique) en fonction des ordres donnés par la hiérarchie, au niveau opératif. Selon ses concepteurs, le mentoring permettrait d’améliorer les lignes de commandement et les capacités managériales de l’état-major général, l’efficacité opérationnelle des FARDC, ainsi qu’une appropriation congolaise graduelle des apports de la coopération. L’un des objectifs les plus importants d’une mission de mentoring est de faire du counseling, c’est-à-dire d’établir une relation de confiance dans laquelle une personne tente d’aider une autre à comprendre et à résoudre des problèmes auxquels elle doit faire face.

Sélection et format
Après l´expérience malheureuse de l´état de siège, les stratégistes congolais en matière de défense doivent consulter les penseurs contemporains en matière militaire qui disent que « small is beautiful ». » Actuellement, l´heure serait aux armées compactes et efficaces. C’est le concept des “special operations forces” dont le but est selon l’expert militaire Jean-Jacques Wondo de rationnaliser l’optimisation des moyens afin de permettre aux troupes sur le terrain d’agir avec efficacité, efficience et professionnalisme. En RDC, par exemple, ces unités spéciales doivent être conçues pour permettre une très rapide réversibilité de l’attitude et des rapports de forces sur le champ des batailles. Cette option est fondamentale et doit permettre un maillage zonal par le contrôle des régions d’instabilité avec l’usage des moyens de bataille à la fois performants, légers, mobiles et adaptés au terrain[8].

Selon Benoist Bihan ; « c´est devenu un leitmotiv : pour avoir une armée plus performante, il faut la rendre plus compacte. Diminuer le nombre de soldats pour n´en garder que les meilleurs ceux qui, pour reprendre un terme courant dans le vocabulaire des entreprises, présentent une forte valeur ajoutée[9]. Il est question de réduire les personnels pour pouvoir continuer de doter ceux qui restent d´équipements plus performants – et donc coûteux.

C´est bien la réalisation d´un idéal d´efficience militaire qui est poursuivie, s´incarnant dans des petites armées d´élite, armées par des techniciens de la guerre surqualifiés et surentrainés et dotées d´un équipement ultramoderne et dès lors capables en théorie de vaincre par l´application á la fois brutale et extrêmement précise – “chirurgicale” – de la violence.

L´une des justifications majeures en faveur de petites armées d´élite – et donc parfaitement disciplinées et aux réactions prévisibles – serait ainsi le plus grand degré de contrôle qui pourrait être exercé sur elles, tant politiquement que tactiquement. Dans le premier cas, les petites armées seraient moins sujettes á la rébellion ; dans le second, elles seraient plus aisément “commandables” sur le champ de bataille et répondraient plus rapidement et mieux aux ordres reçus, se sachant un système performant.

La vitesse et la précision dans l´exécution justement recherchée par le contrôle “automatique”. L’efficience tactique rencontre ainsi l´efficience stratégique des guerres “courtes et vives”, et donc peu coûteuses pour l´entité politique qui les conduit.

Dans ce cadre, pour éviter des complaisances dans les recrutements, il faudrait laisser aux mentors le rôle de sélection des candidats devant faire partie des unités spéciales. Leur recrutement se fera au sein des FARDC. Le premier critère à prendre en compte pour ce faire est la limite d´âge des candidats qui doivent être célibataires âgés de 20 á 30 ans. Le second facteur devrait-être une endurance aux épreuves physiques dans un milieu hostile. Le troisième critère devra être des aptitudes psychiques de résistance au stress.

Le format est la clef de réussite. Et avec un maximum de trois brigades des forces spéciales, composées du personnel hautement qualifié, motivé, suréquipé, surentraîné et mobile ; capable d’accomplir des missions « spéciales » à l’intérieur du dispositif ennemi (raids, sabotages, infiltration, reconnaissance, assassinats, destruction, libérations d’otages ou des soldats capturés, actions de contre-terrorisme et de contre-espionnage)[10], on peut déjà entrevoir le début de la solution à l’insécurité à l’est de la RDC. Jean-Jacques Wondo estime enfin qu’avec une forte volonté politique et des moyens conséquents, ces unités peuvent être opérationnelles en neuf mois de reconditionnement.

El Mahoya Kiwonghi, Ancien officier ex-Faz, commando de la Garde Civile
Texte relu par Jean-Jacques Wondo
Références
[1] https://www.glossaire-international.com>page>tous-les-termes>outsourcing.

[2] L’ancien Congo belge était devenu un théâtre important de la guerre froide au début des années 1960. Les États-Unis ont soutenu directement le gouvernement central congolais tout en soutenant également les initiatives de l’ONU au Congo. Cela a nécessité certaines opérations secrètes de la CIA lorsque les objectifs ci-dessus étaient en conflit. Les tentatives en 1962 de fournir au Congo un soutien aérien contre le Katanga étaient un excellent exemple de Washington couvrant ses paris en poursuivant plusieurs solutions parallèles. L’une de ces pistes impliquait que la CIA mette en place une unité aérienne avec de vieux avions d’entraînement obtenus à partir de stocks belges et pilotés par des vétérans cubains de la baie des Cochons.

[3] Michel Luntumbue et Jean-Jacques Wondo, La posture régionale de l’Angola : entre politique d’influence et affirmation de puissance, Note d’analyse, GRIP, 03 Juin 2015.

[4] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine. Amazon, 2019. https://www.amazon.fr/Lessentiel-sociologie-politique-militaire-africaine/dp/1080881778.

[5] Jim Hooper, Blood Song, Hardcover, 2002. http://monindependancefinanciere.com/lenciclopedie/seccion-f/forces-armees-pour-la-liberation-de-langola.php.

Le concept anglais de « Combat performance » renvoie au programme militaire entreprise par l’armée angolaise dans les années 1980 et axée sur l’amélioration substantielle de la capacité et de la performance militaires par l’acquisition d’un important équipement digne d’une armée conventionnelle. Headquarters, Department of Army, Angola – a country study, Washington, 1991, pp.203-257. http://www.marines.mil/news/publications/Documents/Angola%20Study_5.pdf.

[6] Headquarters, Department of Army, Angola – a country study, Washington, 1991, p.231.

[7] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine. Amazon, 2019. P.182. https://www.amazon.fr/Lessentiel-sociologie-politique-militaire-africaine/dp/1080881778.

[8] Jean-Jacques Wondo; Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, Monde Nouvelle/Afrique Nouvelle, 2013. Disponible sur Amazon : https://www.amazon.fr/Arm%C3%A9es-Congo-Kinshasa-Radioscopie-Force-publique/dp/1086972538

[9] Défense & Sécurité Internationale, Numéro 90. Mars 2013. Pages 32-35

[10] Jean-Jacques Wondo; Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, Monde Nouvelle/Afrique Nouvelle, 2013, p.440. Disponible sur Amazon : https://www.amazon.fr/Arm%C3%A9es-Congo-Kinshasa-Radioscopie-Force-publique/dp/1086972538

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Message  GHOST 29/12/2021, 10:51 pm

PLUS DE 150 LECTURES..
C´est la version finale de nos réflexions sur les guerres á l´Est publiée sur le site de JJ WONDO... C´est notre cadeau de la fin de l´année 2021 á tous les congolais !
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